Ça y est, après quelques jours à Pipa et une dernière journée qui restera gravée, il est temps de plier bagage. Ça tombe bien – aux sens propre et figuré – le rideau de pluie est incessant ce matin. On a changé les plans et on retourne à Recife, et qui dit route de Recife dit Baía de Traição. On se devait de revoir cette plage mythique, ses restaurants divins, et enfin rencontrer les Potiguara.
Mais il est des souvenirs qu’il faut accepter de laisser sur l’étagère du haut, et les regarder, comme une photo, sans toucher ni retoucher. Il fait gris cette fois-ci, le vent ne faiblit pas et le restaurant est tout juste bon, donc déception. Et puis on ne comprend strictement rien à ce que dit le serveur au point de se demander s’il ne parle pas en Tupi.
On se fait une balade sur la plage, dans la grisaille et le vent. Difficile de retrouver la magie de la semaine précédente avec une telle météo. Heureusement, J se trouve deux frère pour jouer au foot. Chaque jour un nouveau partenaire de jeu, son attitude positive et avenante est inspirante et me remplit de fierté. Je lis le même sentiment dans le regard du père qui arrive pour voir le match. On commence à discuter un peu de foot, puis plus généralement de la vie, avec Brito, ce professeur de musique qui nous invite déjà à venir prendre un verre chez lui autour de la piscine. J’adore cette convivialité ! À moins que je n’aie mal compris. On échange les numéros et on fixe rendez-vous sur le même stade de la plage au lendemain matin pour le match retour, les enfants se quittent en meilleurs amis.


On a réservé pour la nuit dans une pousada du village, tenue par Alexandre, bonhomme très sympa qui nous accueille comme des amis en déclamant quelques vers dans la langue de Voltaire. Je crois. L’odeur de la chambre est difficile à définir, mais sans doute moins accueillante. On trouve refuge sous le patio et chacun lit ou écrit. A a démarré à son tour l’écriture appliquée de son voyage. Le style s’affirme et ça devient très agréable à lire. Bravo fiston !
La nuit sera bonne, et le petit-déj’ pas vraiment délicieux, mais néanmoins généreux. Alexandre nous présente fièrement ses cachaças arrangées. Je me dis qu’avec quelques notions de portugais, on aurait pu faire une belle soirée de dégustation… pour ce matin, je goûte du bout des lèvres le jus de cupuaçu, ce fruit blanc, typique du Nordeste. D’aspect, cela ressemble à un fromage blanc qu’on a oublié sur la table du petit déjeuner, de goût, on regrette que ça n’en fut pas (copyright J. Chirac). Légèrement acide et pas du tout sucré mais il fallait essayer.
En voyant Alexandre, qui semble passer l’essentiel de ses journées avachi sur cette chaise, les yeux rivés sur son téléphone posé sur son ventre rond, dans cette salle un peu défraîchie, d’où on entend la pluie tomber ce matin, on se demande.. est-ce qu’il vit seul avec son fils? Divorcé? Veuf peut-être? À quel âge a-t-il arrêté d’entretenir la poussada? À quel âge les rêves s’effilochent et on commence à baisser les bras? Comment garde-t-on l’envie et la force de se battre? Et si on n’a pas de bouche à nourir ? Des questions un peu angoissantes qui viennent par temps pluvieux…
10h, le guide arrive à bord de sa vieille voiture rouge, dont la portière avant ne comprend que lui. Pas comme nous. On a tout au plus quelques mots d’espagnol en commun pour échanger. Dès les premières minutes, on comprend que la découverte de la culture Potiguara ne va pas être facile. Jeune, souriant, conduite sportive sur les pavés défoncés de la ville puis sur les chemins de terre inondés, il se marre quand je tente de fermer ma ceinture. J’arrive à caser une ou deux vannes grâce à mes 3 mois de discussion avec les chauffeurs de taxi des Amériques, mais le début est assez poussif. Et on est parti pour une journée …
On fait un premier arrêt sur une falaise qui domine la baie, où les canons portugais sont encore pointés en direction des navires des envahisseurs Français. Il nous donne quelques explications en portugais qu’il lit de son téléphone. Il pleut, on ne comprend rien, il tente vaguement de répondre à nos questions, les enfants s’endorment presque … ça part plutôt moyen. Cet arrêt est aussi l’occasion d’admirer l’artisanat local. Et surtout de mettre la main à la poche. Étant les seuls clients à ce moment, on se sent un peu obligé d’acheter un petit bracelet. C’est pas les prix de Cartier, mais ça donne un peu le ton de la journée, et on se dit qu’on aurait pu arriver jusqu’ici sans lui, et en apprendre un peu plus sur les Potiguara par nous-mêmes…
La piste en terre traverse des villages indigènes, c’est-à-dire quelques maisons rudimentaires entre les palmiers. Les jeunes se tiennent oisivement sur le pas de la porte, répondent d’un sourire à notre passage. Hormis la pêche et l’artisanat, l’activité ne semble pas débordante par ici. Pas plus que l’ordre et le progrès, tous deux pourtant fièrement clamés sur le drapeau du pays. On passe une barrière, fabriquée en canne à sucre, et on s’enfonce dans la forêt, sans savoir où ils nous conduit. Pas de réseau, on ne connaît même pas son nom, mais savoir que tout le monde se connaît ici est rassurant. On se rassure comme on peut. On s’arrête sur une nouvelle falaise qui surplombe une plage sauvage, sans doute magnifique quand il fait beau. La balade sous la pluie ne sera pas des plus agréables, surtout que je suis le seul à alimenter la conversation. La pluie s’intensifie pour le retour à travers la forêt dont les arbres ras ne nous abritent même pas. On ne peut s’empêcher de repenser aux riches explications de James… on remonte dans la voiture, trempés, curieux de connaître quel sera la prochaine activité de cette folle journée dans la boue ….
On s’arrête devant une maison du village, un petit monsieur jovial, au regard perçant, et plutôt bien vêtu, vient discuter avec notre guide à travers la fenêtre. Probablement son oncle ou un ami de la famille on se dit, mais on descend de la voiture. On entre dans une petite hutte et le monsieur revêt un large couvre chef de plumes, lui donnant soudain la stature du chaman tel qu’on se le représente « chez nous ». J est ravi d’enfin voir un « indien à plumes » – l’habit fait le chaman. On est invité à entrer dans une danse de bienvenue, tandis qu’il chante. Authentique ou pas, c’est un moment très sympa qui nous fait oublier la pluie et les nids de poule. Il entame ensuite une prière pour notre bonheur et notre santé qui nous donne l’impression de repasser sous la huppa. Un beau moment, qui se termine par du tir à l’arc et l’inevitable passage à la boutique du musée. Arcs, flèches, bijoux et gobelets gravés sont proposés. On repart satisfait de cette belle rencontre – ça remonte!




L’heure du déjeuner approche, et on redoute un peu ce qu’on va nous servir. D’autant que la piste sablonneuses, qui serpente dans la forêt est très mauvaise, et nous semble sans fin. Et on a faim. On manque de s’embourber à plusieurs reprises, mais notre guide conduit son bolide débridé avec la même assurance que Magnum sa Ferrari. Rouge aussi, comme par hasard ….
Contre toute attente, la route débouche sur la rive d’une rivière proche de la mer. De nombreux 4×4 traversent ladite rivière pour déjeuner dans ce grand self, qui propose poulet et poisson délicieux et à volonté, une farofa formidable et une sauce qui vous redonne le sourire. Salade tomate oignon, le tout arrosé du meilleur jus de coco del mundo et de bière rivière. Un régal dans une ambiance d’étape du Paris-Dakar un jour de pluie. Bah l’avoine dis donc !
Un bac? On saute dedans, il nous mène à cette plage censée être magnifique. On n’en doute pas, mais l’heure tourne donc on entame le retour. On s’arrête chez une famille qui prépare des galettes de tapioca dans un énorme four. On goûte, c’est un peu sec, mais on parle un peu, on rigole sur notre impossible compréhension, l’ambiance est très sympa. Je note que la grand mère insiste qu’elle parle Brésilien et non Portugais. Remarque sans doute pas anodine …
Cette rencontre clôture cette journée chez les Potiguara, qui s’est mieux terminée qu’elle n’avait démarré. Les 3 heures de voitures annoncées jusqu’à Recife se transforment en presque 5, mais à temps pour l’avion pour Sao Luis ! Wizzzzz
excellente !!
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