On se réveille (tous) ce matin à 4h pour aller voir les perroquets. Grognements matinaux (je ne parle pas encore des perroquets). À vrai dire j’étais à deux doigts de décliner l’activité hier soir. Mais par respect pour le travail de James et éviter de créer des désistements en boule de neige, on sort tous de la case à la nuit noire. Même pas d’étoiles dans le ciel à admirer ou pour témoigner qu’on s’est levé.
On navigue pendant une heure, l’humidité transperce les vêtements, on est tous frigorifié dans le bateau, alors on essaye de somnoler. Même le paysage est au ralenti, noyé dans un brouillard endormi et épais. Quelques belles photos tout de même. Dans leur style disons. Un peu, non ?





Le jour commence à se lever, on stationne sur le fleuve pendant un bon moment, en faisant des aller-retours entre deux falaises ocres. On commence à perdre patience, je me dis que j’ai pris la mauvaise décision, quand un, puis des dizaines de perroquets descendent d’un arbre pour aller donner des coups de bec dans la falaise. Ils ont des couleurs splendides .. au télescope. Car à l’œil nu, on distingue de vagues coups de pinceaux verts sur un fond orange, avec les bruits. Malgré les explications détaillées de Jean-Pierre avec support sur plaquette plastifiée présentant perroquets, aras et perruches, j’ai du mal à m’intéresser de si loin. Jean-Pierre n’est pas un ornithologue marseillais à la retraite, mais le guide – toujours tout sourire – de l’autre groupe. Et il est Péruvien. Il est très flatté de notre prononciation de son prénom. Apparemment c’est un prénom courant ici. Et ses frères: Jean-Paul et Jean-Yves! Désolé mais j’éclate de rire. Il commence à faire beau et on rentre pour le petit-dej, avec l’impression d’avoir perdu 3h et qu’on va se traîner comme des sacs de sable fatigués toute la journée.




On discute café avec Papi qui tient un café à Lima. C’est le neveu Péruvien, seule sa tante l’appelle comme ça, mais comme après 3 jours on n’ose plus demander le prénom, on a commencé à l’appeler Papi aussi. Il a 27 ans, il a ouvert son café il y a un an, travaille 6j par semaine et il préfère ça au marketing. On discute cuisine, business, Pérou … bon, de tout en somme.
Apres les perroquets, activité pêche sur un bras qui mène à la rivière. Les vannes fusent, on se marre bien avec James, mais pas autant que les poissons, pique-assiettes qu’on voit venir taper dans l’appât et repartir repus sans même un merci. Le bout de bois tremble furtivement, on remonte furieusement, et le poisson repart gaiement. Et rebelotte. Pendant que le capitaine du bateau sort fièrement 3 sardines en quelques minutes et s’octroie une sieste méritée en nous regardant du coin de l’œil amusé, sans nous lâcher le moindre conseil ….
Moins amusant la couleur de l’eau, où l’on distingue à l’œil nu des milliers de particules de plastique flotter, dans cet affluent de l’Amazone. Tellement plus effrayant que le plus gros des caïmans ….la bombe à retardement explose déjà: selon une étude récente, chaque adulte a l’équivalent d’une cuiller en plastique dans le cerveau, aujourd’hui. Le triste feu d’artifice est à venir … James maintient que l’eau est potable pour ceux qui ont grandi ici. Au fond, j’ai honte de laisser une telle planète à nos enfants ….
Mais revenons à l’activité trépidante du jour. Devant tous ces succès accumulés, on décide d’aller se planter au beau milieu du fleuve, afin d’attraper autre chose que des sardines. Avec toute la patience que je n’ai pas, ça mord toujours pas. Voire encore moins. Les enfants laissent leur canne dans l’eau pendant qu’ils regardent des vidéos de foot avec tonton James. On regarde le spectacle du paysage immobile avec T, pendant que la famille d’américains, espèce de gélatine morne, transparente et insipide au regard vide qui était assis « avec » nous au fond du bateau a deja plié les cannes depuis le début, et aurait pu rester à attendre sans rien dire jusqu’à ce que James n’ait plus de batterie sur son téléphone (phrase longue comme une matinée de pêche sur l’Amazone). Une non-rencontre. Alors qu’on sort les cannes de l’eau, J explose de joie en découvrant un « poisson requin » gigoter au bout du fil. La taille d’une sardine, mais l’aspect du tiburon! Plus on attend, plus grande est la joie quand ça arrive! C’est un peu la morale de la pêche – parce que niveau sport, c’est pas l’éclate. Cette morale peut aussi s’appliquer à la vie. Un ami me soutenait qu’un enfant qui n’a pas connu de frustration ne sera jamais heureux. On avait eu ce débat avec les enfants il y a quelques semaines. Il y aurait tant à dire ….

Dej, sieste, lecture et écriture. Des vacances en somme. L’écriture prend tellement de temps que cela fait trois fois que je relis les 4 premiers chapitres de mon bouquin. Objectif fixé: entamer le chapitre 5 avant de quitter le Pérou. Ambitieux…
On retrouve James pour aller rencontrer une famille native au milieu de la forêt. On marche quelques minutes le long de la rivière pour arriver à une clairière où a été monté un grand toit en paille sans mur, un enclos avec des tortues. Autour – les restes d’un feu, des restes de fruits au sol, des enfants vêtus de restes d’habits, qui jouent entre les arbres fruitiers, dans une sorte de paradis terrestre un peu désordonné. Ou ce qu’il en reste. James lance un cri pour prévenir de notre arrivée. Une première femme arrive, vêtue d’une simple tunique en coton, avec une teinture rouge vif sous les yeux. Elle nous sert une main très molle en nous souhaitant la bienvenue dans son dialecte, qui n’est pas du quechua. Elle ne parle pas un mot d’espagnol. Puis le reste de la famille arrive en ordre dispersé. James parle avec les hommes qui eux parlent espagnol, et traduit. Le chef de famille est assis à même le sol dans un coin de la hutte, immobile comme une reproduction en bois qu’on aurait posée dans un musée. Les filles parlent de nous entre elles, en nous désignant successivement du regard, sans trop de discrétion. Ce sont en fait eux qui viennent découvrir notre mode de vie. On commence par nous maquiller avec de la poudre de paprika. Puis on va filer le coton, en essayant de suivre leur exemple. On y arrive assez vite. Par contre l’allumage du feu en frottant des bouts de bois … ça marche très bien pour se faire des ampoules. Autrement, je recommande chaudement l’utilisation de l’allumette. Les femmes allument en moins d’une minute.
Puis on s’essaye au tir à l’arc. Une mangue a été posée sur un tronc, mais certains ont préféré l’ignorer et tirer dans l’herbe. Robin des bois en Amazonie vous appeler moi. Ou le bon chasseur de mangues qui ne sait pas allumer le feu. Ceci dit la mangue au bbq…


On reviendra le lendemain pour faire le tour des arbres fruitiers, banane, mangues, cacao, clémentines, pamplemousse, yuka, coton, type de tomate jaune pour faire des jus, du paprika, et même du baume du tigre dont la racine dégage une odeur si familière. C’est un supermarché ici. On achète quelques très beaux bijoux artisanaux en maïzena, un type de maïs non comestible, ce pour un prix dérisoire, c’est James qui assure la compta pour eux. C’est pas une bijouterie ici. On rentre au lodge, enchanté de cette belle rencontre.
Une guitare du Moyen Âge est accrochée au mur du réfectoire à côté du bar. On a une heure, je suis obligé de demander à Vidal, le gérant du lodge si on peut taper le bœuf, lui qui se vantait la veille d’être un grand chanteur. Il me répond qu’il a trop de travail, torse nu en s’essuyant le front, mais il m’autorise à apprivoiser sa vieille caisse aux cordes rouillées. Un jeune assis dans un coin, m’écoute jouer. Souriant, il engage la conversation sur la musique. Puis il me raconte son histoire poignante – il a 21 ans, et il a passé un an à l’hôpital, suivi d’un an de rééducation, suite à un accident grave, mettant fin à ses rêves de club de foot au Brésil, ainsi qu’à sa carrière de guide. Il marche en boitant fortement, et son mollet ressemble à un personnage de Star Wars. J’en ai les larmes aux yeux, mais lui s’estime chanceux d’être en vie grâce à l’aide de D.ieu. Belle leçon d’humilité. James me racontera au dîner, l’histoire d’une autre guide du lodge qui s’est cassée la clavicule et n’a pu se payer l’opération puisque les free-lance travaillent sans assurance. Elle ne peut désormais plus assurer que certaines activités et les agences ne font donc pas appel à elle. Elle ne peut compter que sur la solidarité de certains Lodge pour gagner un peu d’argent. Il n’y a pas que des gagnants dans le libéralisme…
On retrouve les Italiens après le dîner à côté de la piscine, tous deux cardiologues. Lui rêve de gros salaire aux Émirats, tandis qu’elle rêve d’un poste à Bordeaux et de son verre de vin pour finir la journée. Son constat sur l’étouffement imminent de la sécurité sociale italienne est sans appel.
Plutôt aller se coucher ….
wowww. Recién lo acabo de leer y me encantó la manera de como relatas la historia! Me fascino y gracias por permitirme ser parte de tu historia. Espero que todos estén bien, y pues les mando un fuerte abrazo desde puerto Maldonado a uds y a los chicos!
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James! Quel honneur c’était pour nous de t’avoir comme guide ! On rêve de revenir un jour mais d’ici là n’hésite surtout pas à nous faire signe si tu viens en France !
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