Malgré le temps maussade, on tente d’aller « alimenter » le Rio Celeste. On a une bonne heure de route qui alterne éclaircies et averses sévères. On entre dans la saison des pluies. Quand on arrive au parking, on voit un type en chemise hawaïenne en qui, instinctivement, on a une confiance limitée, peut-être à cause des pizzas hawaïennes? Il se tient au milieu de la route, dans une posture qui se veut militaire, et qui veut dire « on ne passe pas » (je rappelle qu’il a une chemise hawaïenne quand même). Il nous informe que le site est fermé depuis hier, suite à un glissement de terrain. Il nous propose à la place d’aller voir des paresseux dans son jardin ou de manger des glaces sur son parking pour la modique somme de 25 $ par personne. On lui dit qu’on adore sa chemise et l’opportunisme dont il fait preuve, mais on va finalement rouler un peu plus. On passe devant une multitude de panneaux publicitaires pour promouvoir la rencontre avec les paresseux, des cascades, du VTT dans la boue, des plantations de café avec dégustation et j’en passe. Ça peut être sympa si c’est moins de 14$ la tasse. Mais il se met à pleuvoir réellement des cordes tropicales. On a la cascade sur la voiture, sans avoir de sortir de billet. On arrête la voiture à l’entrée d’un chemin, en espérant que ce ne soit pas payant, et on déballe les sandwiches qu’on devait manger les pieds dans le Rio, spectateur les pieds au sec des trombes qui tombent sur le capot. On ne s’entend juste pas parler. Un cadre différent, mais on se régale tout autant. Une expérience. On se dit qu’on va peut-être rajouter un panneau sur le bord de la route et enfiler une chemise hawaïenne pour tenter d’appâter les touristes déçus.. avec un peu de marketing, ça financera la rando de la veille.

Le festin terminé, on retourne jusqu’à cette plantation. Elle est tenue par une petite famille soudée et passionnée. Deux petites tables rondes taillées dans un large tronc sont dressées au milieu d’une cabane embaumée, une cuisine sommaire est installée dans le coin, juste là pour vous préparer le café. Quelques articles autour du café et du chocolat, produits par la famille, sont également proposés. Ca semble authentique, bien loin d’une machine à touristes, même si j’adorerais aller à Hawaii. On est accueilli par Christian, marcel noir, jean crados et bottes de pêcheur pleines de boue et sans motif hawaïen, qui nous propose de démarrer par un café le temps que la pluie se calme. L’oncle nous fait sentir les grains torréfiés de la veille, c’est l’odeur de l’autre or noir. Sourire béat. Les enfants s’occupent de moudre au moulin en se marrant, et c’est Maria, la tante, qui place le café fraîchement moulu dans sa belle cafetière traditionnelle en bois gravé, équipée d’un filtre en panse de paresseux, qui rappelle étrangement un moyen de contraception masculin. En tout cas ça y ressemblait, mais comme on tenait à goûter le café, on a préféré ne rien demander.




Sans surprise, le café de Maria est rond et délicat. Il est accompagné de petites douceurs maison délicieuses. Quoi de plus réconfortant quand il pleut dehors? On discute avec la famille Café dans une ambiance très conviviale.

Entre-temps, la pluie s’est arrêtée, et on peut commencer la visite de la plantation. Christian partage avec nous plein de détails sur les caféiers, leurs récoltes etc. il nous fait goûter un fruit – d’aspect comme de goût, ça ressemble un peu à une cerise, très légèrement acidulée, avec 2 ou 3 gros noyaux. Pepep ! Avant de les cracher avec mépris et sans classe, car c’est justement les pépins qu’on doit garder! Celui qui a inventé le café est un génie du recyclage! Aujourd’hui, le café génère 200 milliards de dollars de revenus par an. Pas que pour Christian.

On fait ensuite la connaissance des locataires du propriétaire, à commencer par le paresseux, petite boule de poils immobile, indétectable par les non initiés, qui ne descend de son arbre qu’une fois par jour pour effectuer ses besoins. Une vie trépidante en somme, qu’il est interdit de bousculer, sous peine de prison, même s’ils se sont installés sur votre propriété. On rencontre ensuite une minuscule et adorable grenouille rouge toute mignonne qu’on a envie de prendre sur sa paume, qui se cachait sous les feuilles, mais dont le simple toucher peut vous rendre malade. On évite donc de la caresser même si T en rêve. On termine par le serpent, au regard immobile et glaçant, qu’on préfère voir rester tranquille sur sa branche. Pas d’antidote simple à sa morsure, juste filer à l’hôpital en urgence.



On rentre chez nous, heureux de cette visite improvisée, mais tellement enrichissante! On repasse au-dessus de la rivière bleue. Bonne nouvelle, la pluie a fait fuire les racketteurs et on peut désormais aller faire trempette sans même avoir à contracter un prêt sur 12 ans! I love Costa Rica! Malgré le ciel gris, la rivière est d’un bleu métallique presqu’artificiel. Magique!



Le soir, on découvre la place d’armes de La Fortuna, ou du moins sa forme moderne, on devine que les éruptions récentes ont effacé son caractère historique. Ainsi l’église, bloc moderne horrible, mais qui accueille ce soir-là une chorale de jeunes américains. Ils chantent merveilleusement bien en groupe à cappella, une prouesse! Essayez sous votre cascade pour voir…
Si vous êtes dans le coin, je vous laisse la carte de Christian Café :
