Praia do forte

On découvre en se réveillant comme les naufragés d’un navire échoué sur une plage des Caraïbes, lèvres sèches et bras de chemise déchirés, que la mer est juste en face. Il n’y a pas d’éclairage ici le soir pour ne pas perturber la ponte des œufs. Praia do forte est la ville des tortues, pour les tortues et par les tortues, avec son centre de protection et de sensibilisation au drame des bébés tortues. Triste. 

Pour ce matin, tandis que la DGRV dort plus profondément qu’une tortue et que J refuse obstinément de quitter le canapé, on va se faire une balade avec A. La plage est remarquablement bien préservée, bordée de cocotiers pas vraiment bien ordonnés, ce qui rend l’ensemble magnifique à tomber. On fait un peu d’exercice pas si violent quand une tête assez grosse sort de l’eau pour moins d’une demi seconde, tel un flash. A ne me croit pas, et j’ai moi aussi du mal à me croire moi-même. On se met à scruter la surface en ratissant aussi large que possible, pour être sûr de ne pas rater la prochaine sortie éclair du reptile. Mais rien d’autre à se mettre sous l’œil ce matin-là. La joie spontanée d’un de ces rares moments furtifs, qui suivent une longue attente, dans ce monde où tout s’achète ou se revoit en replay à volonté jusqu’à la nausée. La tortue, elle, ne se laisse pas commander. Pas de clic, pas de vidéos recommandées pour vous. Enfant gâté repasser. 

Les jours suivants seront occupés par balades et baignades le matin, puis surf, lecture ou marche sur la plage l’après-midi ponctués d’apparitions aussi inattendues que gracieuses de ces monstres marins majestueux. Impossible à approcher à moins de 10m néanmoins. Celles que l’on croit être si lentes semblent en fait d’excellentes nageuses. Bon j’admets que je ne nage moins vite qu’un requin. Les fâcheuses ne sortent jamais la tête là où on se trouve, ni là où on les attend. Et les rochers d’ici semblent avoir été posés comme des barbelés qui infligent des tortures aux pieds des citadins pressés d’emporter un cliché. 

Poisson et ananas grillés à la noix de coco à même le sable, beaux poissons colorés dans les piscines naturelles, couchers de soleil aux couleurs fabuleuses au-dessus des cocotiers … les journées se suivent et se ressemblent, ces derniers jours à Praia do Forte furent loin d’être désagréables, d’autant que j’écris ces lignes deux mois après la fin du séjour. De très belles photos de cartes postales qui m’enivrent encore d’une nostalgie douce.

Mais tant de glandouille me saoulerait, je m’en doutais. Je décide de descendre du paradis et d’intercaler une journée à Salvador. D’autant que j’ai oublié un pyjama chez Daniela. Vais-je le récupérer ? Vous verrez bien …

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