Pour ce dernier petit-déj’ somptueux d’adieu à la posada, on abuse de la mangue, papaye, et petites bananes, en se demandant si on pourra trouver pareil caviar en France… quant au gâteau au tapioca avec le café, ils mériteraient leur poème à eux seul.


On a une petite heure de route goudronnée, suffisamment rare par ici pour le mentionner, avant d’atteindre la Poço encantado. Cette grotte a été découverte par hasard par un Belge qui avait décidé de s’établir avec sa famille ici, au milieu de ce nulle part beau, dans les années 30, pour des motifs que j’ignore, même si j’ai ma triste petite idée… on doit s’équiper d’un casque de spéléologie qui nous donne des têtes de champignons, descendre une centaine de marches, puis marcher à la queue, pliés en deux, parfois à plat ventre, pour accéder à cette gigantesque cavité. Mais le clou, que dis-je, le stalagmite du spectacle, est le bassin, d’une eau cristalline d’un bleu intense, d’une dizaine de mètres de profondeur. Le lieu est extraordinaire. Par un jeu complexe de réflexions et de réfractions, les alternances de lumière qui pénètrent dans la grotte nous permettent d’admirer un spectacle vivant et trompeur, où se mélangent le reflet du plafond de la grotte, et le fond du bassin. Phénomène magique et inoubliable.

On remonte avec des images plein les yeux mais les estomacs vides. Si les images remplissaient les estomacs, les Brésiliens ressembleraient à des Américains. Je visualisais un pique-nique bucolique sous un pont, panier en osier posé sur une nappe vichy, une sieste les pieds dans la rivière. On a bien trouvé la rivière et le pont, mais ce n’était pas du goût de tous. Après une durée indéterminée d’errances sur des routes poussiéreuses d’un orange profond qui ne devraient laisser personne indifférent, ce fut au final un peu différent de ce que j’avais imaginé, mais on ne peut pas tutoyer les étoiles du matin au soir non plus. Les enfants étaient contents.



On repart sur des lignes droites sans fin au milieu de paysages somptueux. Mais un accident de camion crée un bouchon de plusieurs kilomètres. Il faut dire que certains roulent comme des décérébrés et que l’état des routes ne contribue pas à la sécurité de chacun. On nous indique un chemin de terre parallèle et on arrive enfin, en fin d’après-midi, à Lençois, gentille petite ville qui semble beaucoup plus animée que Mucugê, et dont les toits en tuiles sur la douce colline rappellent aisément la Provence. Je me permets cette comparaison car j’y ai été. On patiente un peu pour recevoir la clef de la maison, au son d’un trombonne débutant, quand une jeune fratrie de moins de 20 ans à eux trois, arrivent avec le sourire et une brouette remplie de petits pains. Le premier affiche 4 reals, le deuxième renchérit et annonce désormais 5 reals sans cligner. En généreux négociateur, je leur propose 10. On rigole, on parle inévitablement de foot, et ils me serrent tous la main au moins trois fois – très important au Brésil semble-t-il – avant de repartir, fiers de leur gain, à la recherche du prochain pigeon touriste. Les pains furent délicieux. Il commence à faire nuit quand une dame arrive pour nous ouvrir. La maison est sans grand charme mais très grande, les enfants ont le luxe d’avoir une chambre chacun ce qui laisse l’espoir d’une raison de moins pour la dispute du matin, tout ça pour le quart du prix d’un studio dans les Alpes.
On part à la découverte nocturne de cette petite ville sympathique, ses rues pavées, sa belle rivière qui la traverse, et ses jeeps grinçantes et pleines de boues. Esprit sport, on ne vient pas ici pour siroter des caipirinha sur la plage. On goutte la glace à l’açaï, cette « bombe nutritionnelle » qu’on trouve chez tous les glaciers ici. C’est pas mauvais sans être transcendant non plus. Un Bourguignon dirait que ça a le goût et la couleur du cassis ….Le soir je tente de préparer une farofa. Rien de plus simple, et succès assuré auprès de mes fans inconditionnels.