On se lève tôt ce matin pour aller voir le mirante. Même brume matinale que la veille, c’est pas mirrant. Petit déjeuner tout aussi délicieux, malgré les reprises de U2 à la harpe. Cest très beau mais pas vraiment dynamisant comme instrument. Encore un groupe qui aurait dû s’arrêter il y a bien longtemps, je dis ça…
Quelques minutes de route, puis on entame une nouvelle piste de terre battue. L’impression de rouler sur le cours central de Roland, derrière les chenilles d’un bulldozer. La poussière rouge qui se dépose sur les feuilles du bord de la route créent un dégradé des plus chics. La route est droite mais n’oublie pas de remercier l’inventeur de l’amortisseur. Ça se lève un peu sur la plaine, les paysages traversés sont grandioses même si on dirait que personne ne s’en émeut.


On arrive à la petite ville de Guine, qui semble encore moins animée que Mucugê. On profite des dernières barres de 2G sur le téléphone pour essayer de localiser le point de départ et d’arrivée de la balade car on est tombé dans un désert électromagnétique. Comme souvent, rien n’est indiqué donc on choisit les embranchements un peu au hasard jusqu’au pied d’une falaise. Là, un guide qui parle anglais et part de là, nous dit que c’est par là. On attaque la montée à nouveau sous la bruine, mais rassurés. Ça grimpe un peu sec, on occupe les enfants avec des questions en anglais ce matin, et on constate avec plaisir qu’ils arrivent à se débrouiller – un acquis du voyage. Alors qu’on approche du sommet et que le ciel s’ouvre à nouveau, on découvre un gigantesque plateau que traverse un chemin sablonneux. Pas une maison. Pas un poteau. Pas un avion. Encore une fois on a cette sensation d’immense nature préservée, qu’on n’a presque nulle part en Europe. Mais nous ne sommes pas encore au mirador, deux heures de traversée du plateau nous attendent, un peu monotone sous le soleil, juste ponctuée de quelques ruisseaux d’eau noire. Le dernier kilomètre remonte un peu, et laisse découvrir au tout dernier moment, lorsque le rideau tombe, un panorama à couper le souffle sur le Valo do Pati, cette vallée qui se parcourt en 3 jours. Les 3h pour le mirante, c’est la version light pour les blogs de voyage. On trouve un rocher à l’ombre pour dévorer un sandwich et un œuf face à ce décor irréel. Un couple de retraités anglais vient nous parler. Elle parle le français de la BBC, tandis que le mari photographie la vallée avec la frénésie d’un paparazzi, comme si celle-là pouvait disparaître d’une seconde à l’autre. Puis il sort le drone comme un enfant déballe ses cadeaux le jour de son anniversaire de 8 ans. Attachant ou ridicule?





Le retour sur le plateau paraîtra encore plus long avec le soleil qui insiste pour nous assommer. C’est là qu’un doute m’envahit: que retiendront les enfants de cette aventure? Est-ce que je passe assez de temps avec eux? Ou trop de temps à écrire ? Est-ce qu’on doit remettre de la crème ? mais la vue sur la vallée au crépuscule dissipera tous ces doutes, car elle vaut largement son pesant d’or. On arrive à la voiture presque dans l’obscurité, et on entamera le 5e set de la finale à la nuit noire, pleins phares et sans public.