Ruée vers Mucugê

Pour notre dernière matinée à Salvador la belle, je compte bien aller enterrer mon regret dans le sable d’une séance de yoga sur la plage. Mais à 5h30, seuls quelques zombies errent entre les poubelles, ou dorment encore sur la page, recroquevillés à côté de leur sac plastique. Je termine les valises et la vaisselle silencieusement pour ne pas réveiller mon crew, en attendant que les premiers retraités arrivent avec leur chien – en cas d’attaque de zombies. Il y a un marathon dans le quartier ce matin. Cette curieuse idée de s’infliger des heures de course les uns derrière les autres dans les rues avec un numéro dans le dos restera toujours étrange pour moi. Et ces gentilshommes payent en plus.?? Je tire mon chapeau au type en chemise rose et mocassins qui a inventé ce concept fort lucratif. 

J’arrive à la plage, de vieux bateaux de pêche sur le sable, une église pour veiller sur eux en mer, quelques rares promeneurs intrigués par les coureurs, des chiens, et des mecs qui traînent ou boivent leur bière de huit heures. C’est très courant ici. Je ne juge pas, pendant que je fais un peu d’exercice face à la mer. C’est toujours fort agréable, même par temps gris, ça ensoleille la journée. Et c’est gratuit. J’hésite à terminer par une petite baignade, mais l’eau est un peu fraîche, et l’environnement pas trop rassurant. Évidemment, à la seconde où que je quitte la plage, je regrette déjà de ne pas y être allé. 

Valises encore une fois, ménage rapide et en route pour louer la voiture, direction la Chapada Diamantina. La végétation, luxuriante à Salvador, devient progressivement désertique, les cactus costauds remplaçant les cocotiers géants. On s’arrête pour déjeuner dans une station service du Far West, où l’on sert des feuilletés, de la farofa, des brochettes et des bières. Ainsi que des alcools forts. Ils sont même en vente comme dans un supermarché, entre les jouets pour enfants et … les battes de baseball. Un vrai saloon. On s’attend à croiser des cowboys à cheval traverser l’autoroute. Les plantes rases laissent entrevoir au loin d’étonnantes formations rocheuses arrondies qui rappelleraient l’Australie, si j’y avais été, bien sûr. Puis c’est Monument Valley, où je n’ai pas plus mis les pieds. Cette région est magnifique, mais on dirait que personne n’habite par ici, on peut rouler parfois 40 minutes sur des lignes droites sans fin, entre deux hameaux de 5 maisons. Ambiance Bagdad café. 

Apres 5h de route, on s’arrête sur un pont qui enjambe de larges pierres roses, arrosées par un maigre filet d’eau. Un loup se désaltère, entouré de végétation à l’infini. Amateurs de nature et de très grands espaces, la Chapada est à visiter ! On a établi notre QG à Mucugê pour quelques jours, petite bourgade pas franchement belle ni folichonne, mais qui a le mérite d’être au milieu de ce massif montagneux plus grand que la Belgique et la Suisse réunis. On tente à nouveau une pousada. L’accueil est des plus chaleureux, on a droit à un tour détaillé du propriétaire par un jeune qui apprend le français, et se montre sincèrement intéressé. Je pense qu’il aurait voulu nous poser des questions de grammaire toute la nuit. 

Les rues pavées sont très calmes, tout semble fermé en ce dimanche soir. Le restaurant recommandé par notre ami francophile est lui ouvert, et même délicieux! Je prends un riz sauvage avec de la viande effilochée et grillée. Un régal, que j’ai hâte de tenter de reproduire à la maison !

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