J’ai rendez-vous à 8h à une heure de route de chez nous. Ce qui fait un réveil qui pique. On a décidé d’épargner ça aux enfants après les petits dej déjà bien matinaux des jours précédents. Il fait un temps magnifique, le taxi longe de longues plages splendides, où de jeunes actifs dynamiques font leur jogging matinal, ou promènent leurs chiens. Puis des favelas étendues, où le sport des familles consiste plutôt à joindre les deux bouts. C’est la première fois que je prends le taxi seul pendant ces vacances, comme un grand. On discute un peu, mais ce n’est pas simple, mes progrès en portugais ne m’impressionnent guère, pas plus que le chauffeur, qui « essaye » de faire des efforts, c’est à dire qu’il parle lentement et lâche quelques sourires. Mais quand on ne parle pas du tout anglais, même avec toute la bonne volonté du monde, on ne devient pas fluent en 2 minutes. Las d’essayer d’alimenter la conversation, je prends mon bouquin.

Je ne quitte pas des yeux l’heure d’arrivée prévue, qui ne cesse de se décaler à cause des bouchons. J’arrive le dernier à l’embarcadère, et je retrouve avec grand plaisir mon groupe de capoeira, tout le monde me pose plein de questions sur notre périple aux Amériques. Le bateau part à 8h en direction de Ilha da Mare où l’on doit passer la journée avec Mestre Moraes, sommité de la capoeira Angola. Il nous explique l’histoire de l’île qui est longtemps restée scindée entre portugais, africains, et indigènes, mais il affirme que cette séparation n’existe plus aujourd’hui. Les quartiers que l’on traverse une fois débarqué semblent montrer une réalité un peu différente. On est bien loin du Brésil touristique ici, en particulier en ce matin pluvieux. Les rares échoppes ne sont pas vraiment bien achalandées, les bars sont sans couleur, la marée basse a laissé les bateaux de pêche agonisant sur le sable flasque, les ânes patientent, les chiens errent. Les coquillages sont eux très beaux, et tous les habitants croisés nous saluent cordialement, mais je pense que T et les enfants n’auraient peut-être pas été sensibles à tant de délicatesse. On arrive au bar du bout de la plage et du bout du monde, où une fête avait encore lieu la veille, mais, pas conviés, on doit se contenter ce matin d’imaginer l’ambiance qui régnait. Le mestre va-t-il prendre la parole ici? Non, on repart en direction du village voir la maison où il est né. Pour les fans only. On marche assez longtemps dans l’île, les villages traversés sont en pleine nature et assez bruts, pour finalement arriver à son école. Ça y est, ça va démarrer se dit-on! Mais il nous présente les arbres fruitiers du jardin, puis la bibliothèque puis enfin les belles salles d’entraînement qui dominent la forêt et l’océan. On va jouer? Non, mais on s’asseoit, et le Mestre commence à diffuser sa sainte parole, à parler d’histoire, de dialectes africains, puis il sort d’un sac plastique des CD à vendre …ceux où il chante. Au final on ne jouera pas de musique ce matin comme initialement annoncé. On repart assez frustré, en direction du restaurant, on se demande si ce sera vraiment pour déjeuner ou pour faire la vaisselle. Le cadre est simple, le ventilo aussi assourdissant qu’inefficace, menu unique (en fait pas de menu du tout), mais le poisson est plutôt bon.





On repart à la marée haute, sous le soleil, dans un cadre déjà beaucoup plus avenant que le matin, mais pas de baignade au programme, embarcadère et retour. Pour cette visite de l’île, le mestre gourou n’a pas eu de scrupule à nous demander 70 reals, hors repas. On est tous un peu amer, la raison évoquée? pas assez d’instruments de musique à l’école. Vue la taille de son école, j’ai compris qu’il nous prenait pour des jambons. Il annonce généreusement qu’on aura l’honneur d’être convié à jouer à son cours du lendemain à Salvador, ce sans même débourser un réal. C’est trop de largesse mon seigneur.
Pour l’instant, on part tous en direction de l’église de Bonfim, qui, avec ses nombreux coffres forts destinés à recevoir les dons des croyants les plus démunis, ressemble plus à une banque du far West qu’à un lieu de recueillement. Un peu surpris de ne pas avoir vu les mêmes coffres à l’école du mestre, hihi pardon…. Ici, église comme capoeira sont des business, et on est bien loin des feuilles de coca et grains de maïs humblement déposés en offrande à Mère Nature sur les rochers au Pérou.
Au moment où on allait se quitter, une roda est improvisée devant l’église avec un vendeur de souvenirs et d’éclats de rire. Elle restera le plus beau moment de cette journée largement moins colorée qu’espérée.
