Découverte de Salvador

Pour redescendre un peu, on descend prendre un petit déjeuner dans le quartier. Le premier café nous semble suffisamment sympa pour s’arrêter sans écouter les recommandations d’un téléphone. Boutique café à l’ambiance très sympathique. Pour accompagner le café, je tente le couscous à la banane, c’est inspirant et délicieux. Puis le patron et sa longue barbiche de Panoramix prend gentiment 20 minutes pour nous donner plein de tips sur la ville. Trop sympa!

C’est tout naturellement qu’on commence par aller au supermarché, même s’il ne l’avait pas formellement mentionné dans sa liste. On parcourt les rayons quand une inconnue m’appelle par mon prénom. Je me retourne, regarde derrière, je feins de ne pas entendre, j’écarquille les yeux, je cherche une caméra cachée ou un pote farceur, j’essaye de me souvenir … je ne connais pas cette dame. C’est Daniela, la propriétaire de l’appartement qui m’a reconnu alors qu’on ne s’est jamais vu. Coquine cocasse! On se met à discuter comme deux vieux voisins qui ne se sont pas croisés depuis trois mois, elle nous donne à son tour des conseils pour nos courses et on repart tout sourire. 

Malgré la pluie, on se dirige vers le mercato Modelo, situé entre le Centro historico (centre historique pour ceux qui ne parlent pas) et la mer. Les favelas sous le soleil, pour un touriste dans un taxi, ça peut ressembler à un village un peu désordonné à la one again, comme les beaufs disaient en 89. Sous la pluie, avec l’eau qui dévale les rues et les miséreux qui poussent leur caddie le long de la voie express avec une couverture mouillée comme seul habit, ça devient d’une tristesse glaçante. Il y a beaucoup de mendicité, parfois un peu agressive dans ce quartier touristique, et dès qu’on sort de la place, on voit bien que les immeubles tombent en ruine. On essaye de ne pas trop traîner. 

Le marché est sympa, on trouve les maillots de foot et les souvenirs que les touristes cherchent, même si ça ne me paraît pas trop authentique dans l’ensemble hormis pour les instruments de musique traditionnels. On ressort un peu sur notre faim. Il pleut toujours et on se dirige vers le musée de la musique, situé juste à côté. C’est à l’image du Brésil, extrêmement riche et varié ! Des écrans diffusent des images de défilés et des extraits de concerts, mais sans casque ni moyen d’isolation entre eux, ça donne une impression de cacophonie pas très agréable. Au deuxième étage, des dizaines de petites salles projettent des vidéos sur des artistes, par quartier, région, ou style du Brésil, il y en aurait pour des heures à tout visionner, je l’aurais fait sans rater une note – c’est un peu mon problème avec les musées. L’apport des cultures Africaines au Brésil est très bien présenté. Malheureusement, le reste de l’équipe accroche un peu moins aux rythmes d’ici, d’autant que rien n’est sous-titré, quand on nous annonce un atelier de percussions. Il s’avère que même en portugais, c’est plus facile à comprendre qu’un cours de physique quantique ou de chirurgie crânienne, et J et moi participons volontiers à la séance de Batucada, qui prouve bien qu’avec quelques amis, des percussions ou des casseroles, on peut vite créer des rythmes amusants et en faire sortir une énergie collective positive et contagieuse. On en ressort regonflé comme un ballon et je compte bien retourner à mes vidéos. Cruellement, le musée ferme en même temps que la patience des enfants atteint le 3e sous-sol, dommage. Je reviendrai. Peut-être un jour …

La pluie s’est arrêtée et on emprunte l’ascenseur Lacerda, qui nous monte en haut de la falaise en quelques secondes. Il rappelle l’ascenseur de Santa Justa à Lisbonne – en moins joli je dois dire. Depuis la plateforme, la vue sur le port, l’océan, et les églises de la vieille ville sur fond de nuages noirs est simplement magnifique, et on ne peut rester insensible à ce spectacle de contrastes qui se joue dans toutes les directions, d’ici à l’horizon. 

On enchaine sur le Pelourinho, la ville historique. Mais il est déjà tard, la météo incertaine et il n’est pas trop recommandé de s’aventurer dans les rues calmes par ici. On reste donc sur la place principale, qui ne compte pas moins de …. Beaucoup d’églises splendides!

On s’assoit à un premier café qui doit fermer à cause d’une coupure d’eau dans le quartier. On tente un deuxième. Le cadre est splendide et le joueur de bossa chante tellement bien qu’on se demande naïvement s’il suffit de chanter en portugais pour que ce soit beau comme ça? Quand j’essaye c’est pire qu’horrible…. Alors que je suis assis sur la terrasse, la commande est arrivée, une toxicomane se jette sur une des boissons, le serveur lui arrache le verre des mains et la fait partir sans ménagement. Une scène pas facile à voir, aussi triste qu’embarrassante …. T et les enfants, qui reviennent des toilettes, découvrent la table pleine de glaçons et de citrons verts.

Une journée bien remplie, notamment émotionnellement. On ne peut s’empêcher de penser à la misère criante qui règne presque partout dans cette ville, une détresse qu’on n’a peu vu au Guatemala ou au Pérou, hormis dans certains coins des capitales respectives où l’on ne traînait pas non plus. Je ne vois pas la scène de ce soir se produire à Cusco, même dans les quartiers les plus modestes. Est-ce que les traditions feraient barrage aux trafics?

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