Le taxi arrive tôt pour nous amener à la gare routière. Il fait l’effort de parler très lentement, ce qui nous permet d’échanger un peu sur la ville, et les Lençois là-bas. Désolé mais ce nom est au-delà de mes compétences lusophones sans copier-coller. Le chauffeur, aka Monsieur prudence, nous alerte sur les dangers du soleil, de la déshydratation, et de la cuisine dans les Lençois-marre-des-saucisses.. à l’entendre, on aurait presque envie de retourner au musée du reggae. Vu qu’il cause un peu, je mets un pied prudent dans la politique. Sans pitié pour Lula, il quitte soudain son ton posé et lent, comme s’il attendait la question avec impatience pour enfin lâcher sa colère. Profile investisseur prudent.
La gare routière est plus petite qu’à Rio, mais le nombre de compagnies de bus frôle l’excès, on doit approcher la trentaine ! Il faut dire qu’elles se partagent le gâteau d’un pays qui est plus grand que l’Europe, et le client reçoit au final un assez bon service, grâce à cette concurrence.
La pauvreté à la sortie de la ville est assez frappante et les associations catholiques semblent subvenir aux besoins de cette population précaire, qui vit sur le bord de la route, entre l’église et l’école municipale, parfois dans des cabanes en bois sous un toit de paille. Cela pourrait faire croire à une vie simple au milieu de la nature …. Mais en enlevant nos lunettes roses, on peut dire que c’est bien de misère dont il s’agit. Le terrain de foot, lui, se retrouve systématiquement dans tous les villages parcourus. Et quand l’école, puis l’église désertent, c’est le terrain de foot qui demeure comme ultime lieu de rencontre dans les coins les plus reculés.







On a droit à une pause de 20 mn après 3h de route. On peut se régaler de délicieux feuilletés au fromage et d’un expresso tout chaud dans une station-service-cantine où tous les bus font halte, et où l’on fait la queue comme au self d’une entreprise du cac. Sans les costumes tristes et gris. Principalement des brésiliens en mode vacances couleurs. Et quatre frenchies qui se régalent tout autant.
On repart pour 3h de forêt route sable et huttes, et on arrive enfin à Bar-ici, petite ville qui ne vit que du tourisme des Lencois-par-ici (les dollars). L’adresse n’était pas la bonne, et après 20 mn à envoyer des messages et à taper à la porte en fer, un type qui semble être tombé du lit vient finalement nous ouvrir, sans même se fendre d’un bonjour. On espérait un peu plus chaleureux. Quant à l’appartement, il est encore moins luxueux que sur les photos.
On commence le tour des agences de tourisme, sachant qu’il y en a des dizaines dans la ville, et qu’elles proposent toutes les mêmes activités. Dans ce cas, on se rabat sur l’avis des forums de voyageurs ou sur Google. Une agence essaye de sortir du lot en proposant des trails sur deux jours avec nuit dans le désert. C’est d’autant plus séduisant qu’ils ont mis du sable au sol de leur boutique, ce qui constitue un argument de taille pour les enfants. Avec son accent anglais d’Oxford sud et son prétendu partner dans un bureau à la City au téléphone qui refuse toute négociation, ils se permettent des prix exorbitants. Par contre ils ont du mal à nous sortir une photo des hamacs où l’on passerait la nuit au milieu du désert, et encore plus de mal à cacher leur malaise face à cette demande. Au final, ce sera le réveil à 3h du matin et les 20 km de trail dans les dunes qui achèveront de nous convaincre de ne pas signer chez eux. L’expérience confortera notre décision.
Mais c’est l’heure où la chaleur rend les cerveaux comme du beurre, et on va naturellement prendre un verre sur le bord de la rivière – que de vert! Une dune a été aménagée pour les enfants impatients de découvrir les lagunes, et je dois dire qu’elle ne fait pas envie qu’aux gamins… le quai commence à se réveiller, les tables installées, ça doit être sympa Bar-on-ice le soir! Mais direction supermarché pour nous, puis plongeon dans la petite piscine de la résidence, et discussions avec le perroquet qui ne saisit pas toute la finesse de mon portugais.
