On atterrit assez tard, le taxi est un grand type fin qui ne dit pas un mot et roule super vite, feu vert ou rouge, il fonce. Les rues sont désertes et globalement propres, seuls quelques groupes probablement alcoolisés marchent dans des directions assez aléatoires. Une compile de reggae tourne dans le taxi, qui colle bien avec la chaleur de la nuit de Sao Luis. Le rasta sans rasta nous dépose à la mauvaise adresse et disparaît – la faute de Bob. On allait commander un nouveau taxi et comme par magie, il rapparaît, recharge les valises pour nous déposer à la bonne adresse cette fois. L’appart’ est correct, dans une belle résidence de tourisme sans grand charme, douche froide appréciée et dodo mérité.
On ne découvre la belle vue sur la mer que le matin, derrière d’autres immeubles modernes. Le supermarché se trouve à quelques blocs, mais les trottoirs de la longue avenue, qui rappelle le New Jersey sont vides, à l’exception de quelques vendeurs de cocos qu’on ne voyait pas à NY. Il faut dire qu’il fait déjà chaud et qu’on est mieux dans un 4×4 avec la clim pour parcourir 200m sur le bitume. Tous les clients arrivent en voiture au supermarché, classe et plutôt hors de prix pour ici. On se prépare un bon brunch pour aller découvrir Sao Luis. On tente le bus public pour aller jusqu’à la vieille ville A quatre, ce n’est pas meilleur marché qu’un taxi, mais ça donne l’impression d’être un peu cool et au contact des locaux.
On roule sur les fortifications qui peuvent rappeler Saint-Malo, mais sans les odeurs de crêpe par contre. Il fait très chaud, les maisons ornées d’azulejos gardent le charme fou delà démarche d’une danseuse à la retraite, les quartiers ont été très beau mais … à une époque largement révolue. Aujourd’hui c’est le délabrement avancé, tout est laissé à l’abandon, les bâtiments, les maisons comme les rues… et les gens. Triste. De même qu’à Recife, il y a beaucoup de misère ici, les rares magasins ouverts vendent de l’artisanat et sont concentrés autour de l’espèce de marché d’artisanat et d’alcool.












Les musées étant fermés le lundi, je crois que la visite va être rapide. La lassitude de la mère supérieure déteint toujours sur les enfants, et je dois alors très vite faire apparaître une oasis pour éviter la grève générale. Le premier restaurant climatisé ouvert semble bien rempli et pas trop sale. C’est validé, et même si la moitié du menu n’est plus disponible, un truc frit avec une bière recevra toujours un feu vert, la journée pourra alors reprendre. On commande aussi un jus de cupuaçu, et la vérité, c’est qu’on s’y fait, ce n’est pas si mauvais. On ressort tous avec le sourire, prêt à rebondir. J’ai même réussi à faire marrer le gros serveur, on se quitte avec un check de vieux potos.
On termine la journée avec le musée des huguenots. Moi non plus. J’ignorais tout de l’histoire de la ville, créée par les Français et nommée en l’honneur de Louis XIII. Mais sans renfort (je passe les détails), les volontaires Français, débarqués de Cancale et aidés par les indigènes, furent battus, mettant fin à la France équinoxiale, destinée à contrer la présence portugaise au Brésil du 17e siècle. Au final on a quand même gardé la Guyane .. quel sentiment cela devait procurer de traverser l’Atlantique et d’arriver sur les côtes du Maragnan? Rencontrer les « indiens », et tenter de nouer des alliances avec eux? Découvrir leur culture, sans préjugé ni chatGPT, leur langue …
On rentre dans notre quartier et je pars admirer le crépuscule sur la très longue plage. Terrains de foot des réguliers du quartier, joggers et familles profitent comme moi de la température plus fraîche. Je rejoins les enfants dans la piscine ronde, qui mérite sa place sur le podium des inventions qui auraient dû rester dans un tiroir. Comment on nage en rond quand on est pas un poisson rouge? Il doit falloir écouter Bob…


