Il fait très beau en ce premier matin à Olinda. Personne ne bouge une oreille, mais le temps que je me prépare pour aller au marché J, puis A puis T se lèvent successivement. Effet de surprise raté. Changement de programme, je fais un petit état des lieux : la poêle a servi pour déterrer des rats, la gazinière est en PLS, et il n’y a pas de filtre pour la machine à café. La préparation du petit dej va être tendue. On me répond d’aller voir Luis dont l’épicerie semble ouverte à toute heure de la journée mais on ne se comprend pas beaucoup mieux que hier soir. Il est en train de discuter avec un voisin qui sirote sa bière en canette (à moins que ce ne soit pour dissimuler un café) – il est 8h. On tente d’échanger mais l’alcool n’améliore pas sa diction et donc ma compréhension. Il m’assure que Luis est un type formidable en mettant sa main sur le cœur pour souligner sa sincérité. Ce moment de convivialité matinal a été comme un révélateur dans ma perception de cette maison, de cette ville, et de cette région. Avec l’aimable contribution des voisins du quartier, j’ai pu préparer puis partager un bon café et des œufs au plat plus vite que si j’avais fait l’aller-retour au marché. Et surtout j’ai tapé la discute avec Luis et les voisins.
On monte jusqu’au sommet de la ville d’où on a une vue imprenable sur la rivière de tuiles oranges, qui se jette dans la mer d’huile turquoise (métaphore abusée mais néanmoins amusante). Encore une splendide ville coloniale aux maisons joyeuses et colorées, aux rues pavées en pente sérieuse, et aux grandes églises baroques blanches, jaunes et vieilles, qui veillent.








On se ballade d’église en église surprise, dans ce dédale de ruelles, quand il se met à pleuvoir. Oh! On ne s’y attendait pas, on trouve refuge dans la belle maison blanche d’Alceu Valença, acteur chanteur des années 70 dont, par le plus grand des hasards j’avais une chanson. C’est désormais un musée pour les fans. Voire pour les inconditionnels, avec des extraits de films amateurs où il tient un rôle, et des vidéos de clips avant-gardistes. Heureusement la pluie cesse, et on peut admirer la splendide vue depuis les petits balcons. Et surtout quitter ce musée. Cette ville respire la quiétude, et cultive une certaine lenteur, presque fièrement on dirait.
On passe devant le restaurant de la veille où il n’y a plus la moindre activité. Tout est fermé, décor de western après la fin du tournage, qui donne l’impression que cette ville ne vit que le soir. La chaleur est pesante, à l’opposé de nos estomacs. Déjeuner dans un restaurant dont la façade sur la rue ne paye pas de mine. Mais une fois passée l’entrée, on suit un long couloir, qui laisse entrevoir de petits salons d’affaire, et qui débouche sur une terrasse avec formidable vue sur Recife. Très classe. Poisson pas mauvais mais service désynchronisé, les enfants avaient fini 10 mn avant qu’on soit servi. Shocking! On décide d’éviter le dessert si on veut rentrer chez nous avant la nuit. Mais on se laisse tenter par un salon de thé dans une belle maison où le sucre a dû un temps couler à flot. Le café est délicieux, le pastel de nata incroyablement fondant. La diction de la serveuse bat des records de lenteur, on est jamais complètement sûr si elle a terminé sa phrase ou s’il va y avoir une suite. Ou si on ne comprend juste rien …


Dîner à la maison puis on ressort pour tester l’ambiance du vendredi soir. C’est encore un peu plus peuplé que la veille, on se prend une caïpi devant un bon groupe de forro, mais les kids ne sont toujours pas passionnés. Un peu frustrant mais j’essaye de rester dans mon kiff quand même. On rentre, je regarde la pluie tomber depuis le confort du hamac donnant sur la rue, rien à regretter, l’odeur est extraordinaire, la musique des groupes au loin m’arrive et se mélange par bribes plus ou moins harmonieuses, pendant le défilé incessant des amis et clients chez Luis. J’ai le sourire hamac du soir.
