Les valises bouclées, on prend un taxi qui est resté muet comme le Corcovado jusqu’à la gare routière. Pas de problème de compréhension cette fois. Ca grouille beaucoup moins qu’au Guatemala ou au Pérou, pas de backpacker non plus ici. Par contre il y a des dizaines de compagnies qui couvrent le sud-est du Brésil, et autant de quais, sans rien d’affiché. Sécurité à l’entrée? quasiment aucune, on va dire que c’est bon signe. Et à vrai dire, la gare de Guatemala city était largement moins rassurante.
Le bus est très confortable, et le conducteur, qui rêvait d’être animateur dans un club de vacances, commence par nous faire un long discours de bienvenue dans son bus, avec des grand gestes d’hôtesse de l’air, et nous rappeler de mettre la ceinture. Traduction assurée par la voisine. Malgré l’apparente proximité sur la carte du Brésil (environ 2 cm), la route jusqu’à Paraty est longue (5 heures dont beaucoup de bouchons). On traverse des kilomètres de banlieues avant de longer des baies splendides, face à des centaines d’îles visiblement inhabitées, mais densément boisées. Avis aux gagnants du loto.
Paraty est une ville coloniale au charme d’antan étonnamment bien conservé, donnant l’impression de se promener au 16e siècle. Les rues piétonnes en damier, tapissées d’énormes pierres, transforment les valises à roulettes en boulets de 33 tonnes. Les petites maisons blanches aux portes colorées, les immenses palmiers ici et là, et les collines dans la brume sont splendides.






De grands chariots de pâtisseries stationnent aux carrefours pour corrompre les passants, je pars sur une part au coco délicieuse. Une stupide erreur de conversion des prix scandalise le comptable, tout paraît soudainement très cher ici, y compris le café sur une terrasse, malgré les douces notes d’un piano. Une perception erronée qui cristallise et obscurcit cette ambiance pourtant si douce. Courses et dîner un peu aigre à la maison, d’autant que la cuisine est dans un état piteux, malgré le charme évident de la maison. Avec le recul, on reconnait l’absurdité de la situation alors que la musique résonnait jusque devant les fenêtres.
On se rattrape après dîner, on se fait une balade, on entend des concerts de partout, bossa, forro, tango, dans une ambiance et une énergie tellement positive. On rentre dans un bar tenu par un français où se produit un talentueux groupe d’Afro funk. Durant la pause, J demande à essayer la batterie. Sous son chapeau noir, le patron donne son accord de sa voix rauque. Il tient le truc depuis 13 ans, derrière son air un peu bougon, un grand cœur – il aide les jeunes musiciens à monter et de jeunes lutteurs à participer aux compétitions à Rio. Et tous les soirs, il écoute de super groupes en sifflant son verre de blanc sur une des plus charmantes rues qui soit. Une vie bien remplie.. et une belle soirée quand même ….


