Pisac

Paloma et V nous font l’honneur de nous accompagner à Pizac ce matin. Ce n’est pas un domaine en Gironde, mais une bourgade sise au creux de la Vallée Sacrée. Cette vallée avait une importance stratégique (accès au Machu Picchu et à l’Amazonie), mais également agricole, puisque fertile et moins haute. La nourriture donnée par la terre était plus sacrée que l’or, pour les Incas. Eux avaient déjà compris que les lingots d’or n’étaient pas bons pour la digestion. Créée par les Espagnols pour envahir la région, Pisac est aujourd’hui un vaste marché d’artisanat authentique, peuplé par des nostalgiques de Woodstock arrivés d’Europe, qui prennent finalement racine en terre Incas. Les jolies petites rues pavées de cailloux se croisent à angle droit, laissant apercevoir des pans de montagnes abruptes de toutes parts, un peu comme à Grenoble. Si ce n’est qu’ici, il n’y a aucune station de ski, les montagnes étant sacrées. 

On entre chez un luthier traditionnel qui nous fait une belle démonstration des flûtes et percussions qu’il fabrique. Il effectue également une petite cérémonie à l’aide d’un tambour en peau de chèvre. Les yeux fermés, je sens les vibrations des coups de percussion résonner dans tout le corps. Il affirme que par son travail, il rend hommage à l’animal en prolongeant sa vie. Plus de 10 cm de poils dépassent autour du cadre du tambour, donnant réellement l’impression qu’on peut caresser la bête comme si elle était encore dans son pré. Mais je craque finalement pour une belle flûte Incas. Je souffle rouge tomate, mais aucun son ne sort, tandis que lui nous enchante, les yeux fermés, d’une mélodie sortie d’une pub de café des années 80. J’achète et me pose le défi de sortir un son avant de quitter le Pérou. Défi perdu. 

On arrive à la place d’armes où, sans surprise, une fête est organisée. C’est littéralement la kermesse tous les jours au Pérou. Une dizaine de stands vendent des céramiques et des bijoux, tandis que les hippies allemands en dreadlock, sur leur chiffon à même le sol, travaillent des bouts de fer avec leur pince à métal, en faisant mine de ne pas attendre les touristes – le meilleur moyen de ne pas perdre de temps avec les clients indécis, et surtout de ne pas négocier. Les enfants fabriquent fièrement leur pot en céramique avec des étoiles dans les yeux et de la boue plein le T shirt, devant l’œil vigilant d’un artisan. Les plaisirs du travail manuel. Un antique four traditionnel, démesurément grand, installé dans une cour intérieure, vend de délicieux empanadas qu’on déguste au soleil. On se brûle les doigts pour le plaisir inégalé du pain juste sorti du four …

On part ensuite en direction du site archéologique grandiose situé à quelques minutes de la ville. Initié par les pré-Incas, on est d’abord frappé par l’alignement parfait des terrasses agricole. Quel que soit l’angle où l’on se place, on est hypnotisé par ces lignes parallèles ou concentriques, qui épousent la forme de la montagne à merveille. C’est merveilleux. 

Le site est soit conservé soit restauré, mais c’est en tout cas très bien fait, car on peut se promener entre les maisons, greniers et observatoires et imaginer sans mal la vie ici avant l’arrivée des conquistadors. On a aussi Paloma avec nous pour les explications …. De nombreuses cavités creusées dans une paroi rocheuse à l’écart du site, contenaient les restes des défunts, ainsi que de l’or – avant les méchants conquistadors. Il a été découvert que les puissants étaient bien plus grands que leurs sujets (« il faut bien manger si tu veux grandir ») et que la cause principale des décès était … l’infection dentaire! (« il faut bien se laver les dents si tu veux pas …. »). Les précurseurs de la chirurgie crânienne ne savaient donc pas soigner les caries. Avis aux dentistes qui veulent remonter le temps et changer le cours de l’histoire. Selon Paloma, l’expansion des Incas a été rendue possible par leurs connaissances agricoles, notamment leur capacité à sécher et réhydrater les aliments (pommes de terre, maïs, viande) – en plus de leur stratégie. Makes sense ….

Sur le retour, on croise une écolière d’une dizaine d’années qui rentre de l’école à pied. Elle doit probablement marcher une heure quotidienne sur ce sentier de montagne pour aller et revenir de l’école. Paloma me dit que c’est le rêve des enfants ici, d’aller à l’école. Elle m’explique les manques de moyens publiques, malgré des ressources minières et énergétiques importantes, et à cause de la corruption, fléau au sommet. 

On quitte ce site fascinant pour aller au refuge des animaux, un peu à l’extérieur de la ville. Ça coûte une fortune car ils ne reçoivent aucune subvention ici, évidemment. On peut voir des condors qui réapprennent à voler, des pumas sans griffes ni dents qui faisaient le show dans des boites de Lima et ne pourraient aujourd’hui plus vivre dans la jungle, des ours …. Le meilleur zoo pour les enfants. Le condor fait plus de 3m d’envergure donc lorsqu’il vole vers nous à l’intérieur de son parc, on se sent tout petit, même si ce n’est qu’un charognard, et qu’il est nourri et soigné ici. Il fait justement un froid de charognard, on tente de rentrer à Cusco, mais on doit laisser passer plusieurs collectivo qui affichent complets…on fera le voyage debout, en zieutant sur les écrans des smartphones – à droite reggaeton, à gauche vidéo gags. 

Comme dirait A, « C’était une super journée » un grand merci à Paloma !!

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