Amazonie – welcome to the jungle!

Après une nuit de bus – un réveil à 2h pour moi, ce qui laisse un peu de temps pour admirer les courbes de la route dans la nuit noire – on arrive à Puerto Maldonado. Ce n’est pas le port où sont chargés les pommes de terre pour le Mcdo. Un mystérieux van nous attend avec une pancarte à notre nom, on monte. Vu la chaleur, l’humidité et le nombre de scooters en trajectoire libre et klaxon permanent, cette ville chaotique en bordure de l’Amazonie fait plutôt penser à l’Asie, ou à l’image qu’on s’en fait quand on n’y a jamais été. 

On nous informe qu’on n’aura ni eau chaude ni wi-fi ni électricité, hormis en soirée. C’est à ce moment que les influenceuses se liquéfient. On se retrouve avec plusieurs autres voyageurs à l’embarcadère, face au Rio boueux, enjambé par un Golden Gate qui fait étrangement passer l’ensemble pour le Rio Dulce. On nous présente notre guide, James, un petit gars un peu trapus, la trentaine souriante, portant une casquette de geek et les lunettes de Bill Gates en 1981. On embarque tous sur un long bateau à moteur. Assez vite, les berge ne sont plus recouvertes que d’une forêt dense. Welcome to the Jungle baby!

On arrive à l’éco lodge. On passe devant une piscine vide. Déception chez les kids. Et tout le monde s’assoit devant le réfectoire, sous le toit en feuilles, peuplé de chauve-souris. On rappelle aux plus connectés qu’il n’y a pas de wi-fi et aux demoiselles qu’il n’y a pas d’eau chaude.

If you got no money, honey – We got your disease.

La chambre est sommaire, avec moustiquaires, mais sans étagères. J déclare que tout ce qui est à l’intérieur de sa moustiquaire relève de son espace personnel, sa propriété, prière de ne pas entrer. Neuf ans, cet âge fascinant.

On a rendez-vous avec James, prononcer Khemz, pour une découverte de la forêt. Il parle un français absolument parfait, et dès les premières minutes, il entame un petit cours de biologie qui nous montre l’étendue de ses connaissances. Par exemple le petit ficus qu’on achète le dimanche après-midi chez IKEA, a un cousin étrangleur ici. D’une graine tombé au pied d’un arbre innocent, ou même restée sur une feuille naîtront des tiges ou des lianes qui vont s’entourer autour du tronc du pauvre arbre victime. Au fil des années les lianes vont devenir des branches, puis un tronc qui va étrangler sa victime jusqu’à la recouvrir complètement. Glaçant. Sauf si l’arbre a une défense. Ainsi, l’arbre à fourmis rouges vit en symbiose avec celles-ci. Elles construisent des galeries à l’intérieur du tronc, et le protègent contre toutes intrusions en retour. Rien ne pousse à 2 m à la ronde de cet arbre, et on a fait l’expérience, la moindre intrusion est évacuée. Ces fourmis piquent comme une cigarette allumée, d’où leur nom mais, merveille de la nature, elles soignent des rhumatismes, et dans ce cas, leurs piqûres guérissent sans blesser. Bluffant non ? La fourmi balle, quant à elle, vous blesse comme une balle, paralysant votre jambe pendant 24 heures, sans antidote connu. La jungle est à la fois un répertoire de films d’horreur et une pharmacie. 

On va déjeuner dans le réfectoire, tout en bois et paille qui fait un peu pension. On est assis entre James et les deux autres stagiaire de notre groupe, un couple de péruviens qu’environ 20 ans sépare. On s’interroge même sur leur légitimité et on se dit qu’un bon ragot pourrait se propager dans le lodge comme un feu de brousse pendant une canicule ….

On a rendez-vous l’après-midi pour l’activité kayak sur la rivière. Je démarre avec T et on se retrouve assez vite en plein milieu de la rivière, loin des berges, des autres compétiteurs (on se croit dans pekin express) et du bateau. On a du mal à réaliser où l’on est, au beau milieu de cette nature si belle et préservée. C’est infiniment ressourçant – une fois qu’on a oublié la présence des caïmans.

Welcome to the jungle – We got fun and games

Les enfants préfèrent ne pas s’y coller, on insiste pas tant qu’on n’a pas vu la tête des piranhas. On rentre au lodge et je saute gaiement avec les enfants dans la piscine pas chauffée ni filtrée. Quelques panneaux solaires produisant l’énergie pour tout le lodge, il faut donc prioriser les besoins. Je prends ma douche, froide, en profitant des dernières lueurs du jour puisque l’électricité n’est pas encore disponible dans les cases à cette heure. On joue à la vie un peu sauvage ici, mais tout est sous contrôle, on est à 30 mn en bateau des urgences, on a un toit, une nourriture chaude nous est servie … mais ce confort limité en pleine nature réveille gentiment des instincts enfouis de vie nature qui rendront heureux tous citadins qui souhaitent tenter l’expérience (sans forcément aller jusqu’en Amazonie). Je ne vais pas vous sortir le coup de la reconnexion non plus …. 

On a rendez-vous à 18h pour aller voir les caïmans. Je n’ai pas idée de la taille et je ne suis pas trop rassuré à vrai dire. La reconnexion ça va un peu …. On navigue dans le clair obscur, James scrute les berges avec sa puissante torche. Je ne vois que du noir, alors que lui arrête le bateau régulièrement pour nous montrer une silhouette préhistorique immobile, ou une paire d’yeux dépassant de juste 2 cm au-dessus de la surface, qu’il repère à 30 m de distance. On est tous bluffé. On se demande s’il n’a pas des collègues qui les déposent sur la berge et lui envoient les coordonnées GPS des pauvres bêtes. Mais bon, les citadins européens que nous sommes se régalent et on est quand même un peu rassuré quand on voit la taille des bestiaux, rarement plus de 2 mètres pour le caïman blanc. Une fois le stress évacué, on apprécie d’autant plus l’excursion et la déconnexion en général. Au ciel, c’est un autre spectacle qui est donné là-haut par les étoiles, j’en ai rarement vu autant dans une telle obscurité, visuelle et auditive lorsque le moteur s’arrête. Ne restent que les exclamations des touristes, le clic des appareils photo, et le cliquetis des vagues sur la coque du bateau. Et ces étoiles qui éblouissent….

Au dîner, comme dans une pension pour retraités Bavarois, chacun s’assoit, docilement, à sa place pour recevoir son potage. Je vous avais dit …. On fait plus ample connaissance avec James et avec cet étrange couple. C’est en fait un neveu et sa tante. Pas de ragot cette fois je regrette. 

On est tous exténué et je m’endors avant même l’extinction officielle des feux du lodge, prévue à 21h30. Chouette première journée en Amazonie!

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