C’est le grand jour de la fête du soleil à Cusco. La cérémonie se déroule en 3 étapes successives: le Temple du Soleil, la place d’armes puis le site de Sachawama. Paloma et V nous font l’honneur de nous accompagner. La DGRC (direction générale du repos pendant les congés) avait rejeté d’un revers de main violent la possibilité d’assister à la première cérémonie qui impliquait de sortir à 5h. Du matin. Paloma parvient à cacher sa déception sous un large sourire, et doit se résoudre à décaler le départ à 8h.
Alors qu’on commençait le petit dej tranquillement, Paloma toque à notre porte. 7h50! On avale notre un avocat express et vamos! On sent l’effervescence dans l’air frais matinal des rues, les familles descendent en tenue traditionnelle, les magasins sont fermés, on entend peu de voitures. Ça va être quelque chose!



Paloma est la meilleure guide touristique qui soit, elle nous présente sa ville avec amour, et apporte une réponse à toutes nos questions. La rue que l’on emprunte pour descendre à San Blas est, des quatre antiques voies Inca qui partaient de Cusco, celle qui menait aux Andes. Elle nous présente Ekeko, sorte de Père Noël du 1er janvier à qui l’on doit offrir un cigare.

On arrive sur la place, fermée à la circulation automobile, et déjà compliquée pour la circulation piétonne. On tente le balcon de quelques cafés donnant sur la place. Malgré le badge officiel et les sourires de Paloma, on ne rentre nulle part. On s’installe donc sous les arcades, au milieu du noble peuple Incas acclamant son roi, nous, frenchies guillotineurs en la plaza de armas. La fraîcheur du matin n’est vite plus qu’un souvenir, le soleil réclamant son droit de brûler comme il se doit en son jour de fête. L’attente est difficile mais Paloma ne tarit pas d’histoires et d’explications sur le déroulé à venir. Enfin les premiers danseurs et combattants arrivent, dans une chorégraphie millimétrée impressionnante.











Les scènes s’enchaînent aux quatre coins de la place, rappelant une cérémonie d’ouverture de Jeux olympiques ou une reconstitution historique, quand arrive enfin le véritable roi, sur une grande chaise portée, saluant ses sujets.

Paloma est au bord des larmes et je dois dire qu’on apprécie la chance d’assister à cette cérémonie à laquelle participent des centaines de volontaires. Paloma qui y a participé deux fois confirme que c’est aussi honorifique que difficile. Parmi les scènes illustrées, celle de Pachacútec, jeune roi Inca réputé paresseux et pacifiste. Jusqu’au jour où des ennemis sont arrivés sur Cusco. Alors que père et frère se sont enfuis devant l’ennemi, lui a préparé ses sujets à se défendre et a ainsi pu repousser l’attaquant. Ce sera le point de départ de l’impressionnante expansion de l’empire Incas. C’est une statue à son effigie qui trône au centre de la place d’armes encore aujourd’hui (et non l’ancêtre de la dynastie). Les connaissances sur les Incas proviennent de 2 sources: celles documentées par les Espagnols (monarchie ou l’église), et celles documentées par Inca Garcilaso de la Vega, né d’un mariage entre un conquistador et une mère Incas qui lui a transmis la tradition orale. Il est donc l’historien officiel, presque le prophète, métisse, des Incas, symbole de la dualité incarnée par les croyances des Incas aujourd’hui. Une fois son père disparu, il est parti en Espagne, où il fut arrêté, de peur qu’il ne fomente une révolution contre la couronne d’Espagne.
La cérémonie se termine, les spectateurs commencent à quitter la place. On rentre avec des images plein la tête, enchantés mais fatigués, pour déjeuner à la maison, avant de ressortir faire un tour une fois le soleil couché. La place d’armes est à nouveau libre, mais est toujours très animée, encore des défilés, des fanfares, des danses …
Journée magnifique.