Malgré les sièges inclinables plus que confortables, je dors assez mal. À 6h, on traverse des forêts et quelques villages de montagne, des lacs qui donnent l’impression d’être en Savoie, et on croit qu’on va arriver à bourg st Maurice par le train de nuit.
On arrive, il fait beau et froid, l’ambiance est routarde et montagnarde. J’aimais bien l’idée d’arriver à Cusco en mobilité douce plutôt qu’en avion. Peut-être parce que le bus de nuit n’est pas le moyen de transport privilégié des influenceurs et des traders. On récupère les valises et sacs à dos en échange de notre ticket dans l’excitation de la d’ouverte cette région mythique.

Le taxi emprunte des petites rues très pentues entre des maisons toutes simples de briques et tôles, il nous sort des virages en aiguille nécessitant des marches arrières, avant d’arriver au point de RDV. C’est Paloma qui vient nous accueillir, une Péruvienne joviale au français parfait. Son mari Alexis est également super sympa. L’appartement possède une vue incroyable sur Cusco. On est tous un peu sonné par l’altitude. Je pensais que les salars nous auraient préparés mais on a quelques vertiges. Surtout moi. On passe la matinée entre le balcon pour admirer la vue, le poêle pour se réchauffer, et le canapé pour se reposer de ces folles activités.

Face à la léthargie ambiante, T prend l’initiative de faire une sieste. Une proposition qui vaut une insulte pour les enfants. Pour le déjeuner, on part avec les kids au restaurant des parents de Paloma, ce qui nous permet de sortir un peu. Distance au restaurant – environ 12m porte à porte. On a à peu près la même vue que depuis notre balcon dans la vaste salle à manger, la clientèle est familiale locale, le personnel est attentionné et classe, en chemise et cravate noire. On nous offre un pisco sour et des cancha pour l’apéro, ce type de maïs aux grains allongés, servis croquant légèrement grillés. Vus l’altitude et la faim, je préfère tapisser un peu l’estomac avant de goûter mon pisco afin de ne pas embarrasser les enfants. Ils se régalent avec une soupe incas que J n’aurait pas touché avant le début du voyage. Bravo mon grand! Quant à A, il prend des soupes même pendant la canicule… J’essaye ensuite la version andine du ceviche, à base de truite. C’est un régal. On a droit à la visite du père de Paloma, patron gentil et volubile qui parle même quelques mots de français, alors que je me torturais pour finir mes phrases en espagnol devant les kids pas même vaguement impressionnés, ce malgré le pisco sour avalé. Le Brésil va donner lieu à des moments de solitude je crois …Puis viennent Paloma et sa fille V, qui nous proposent de nous emmener voir une coopérative qui exploite la laine des camélidés du coin. Bien évidemment qu’on vient !
T s’est finalement réveillée et on saute donc tous les 6 joyeusement dans un petit bus déjà bien rempli, qui nous mène vers le haut de la colline. Si les histoires de Paloma sont passionnantes – elle est archéologue – la connexion entre V et les garçons est moins instantanée, pas passionnée, presque gênante en cet âge charnière. On sourit discrètement.
On passe devant des familles qui cuisent des pommes de terre dans des fours éphémères creusés sous la terre, recouverts d’herbe et de terre, montés pour une cuisson unique, selon une méthode traditionnelle, la pachamanca. Puis le bus passe devant le terrain où Paloma et Alexis construisent une école. Immense respect pour leur projet.



On arrive à la coopérative, qui est la version authentique du musée de l’alpaca qu’on a visité à Arequipa. Paloma nous explique avec passion les techniques et les symboles du tissage, ainsi que le mariage, forcé d’abord puis négocié ensuite, des cultures espagnoles et incas. Il n’est ainsi pas rare de voir sur le haut du toit des maisons une croix, encadrée par deux bœufs. Le christianisme est ici une croyance de plus, qui vient s’incorporer aux nombreuses et riches traditions païennes héritées des Incas, polythéistes, dans un syncrétisme que l’on ne voit pas à Lima. Les articles proposés sont magnifiques mais hors de prix je dois dire. Et nos valises sont pleines. On sort de la boutique à la nuit, il souffle un vent glacial sur la colline, et on n’a pas le temps d’aller voir les champs du père de Paloma. Elle nous explique qu’il existe 8000 types de patates, mais que « seules » 3000 sont cultivées. Je ne peux m’empêcher de penser aux frites du clown en jaune qui nourrit les masses d’adolescents, fabriquées à partir de la même unique espèce de pomme de terre, sélectionnée pour son seul critère de taille, absurde, ce aux 4 coins du globe. Fat and stupid food.