Au revoir Arequipa

C’est le cœur lourd qu’on doit quitter Arequipa. Ne me quitte pas ! Me crie-t-elle. Cet appartement qu’on trouvait sans charme à notre arrivée était finalement formidable, preuve qu’avec le temps, on s’accommode de tout. Bon, il n’a rien crié quand on a fermé la porte non plus.

On termine le séjour avec un peu trop de nourriture, on se fait donc un maxi brunch anti-gaspi pour vider le frigo encore à moitié rempli. On donnera le reste à Napoléon III, le remplaçant de l’empereur pendant le week-end, à qui le sac de provisions fit grand plaisir-sourire. 

Et on se retrouve, repus, à flâner une dernière fois dans les rues d’Arequipa, à reprendre les mêmes photos, des mêmes montagnes et encore s’émerveiller, en cette journée belle, mais amputée le matin par les bagages, et le soir par le car à attraper.

Partant de ce postulat, il y a deux approches. C’est ce que j’appelle la décision du dimanche soir. Soit on se lamente dès 16h en se disant qu’on a plus trop de temps avant la fin du weekend et du coup cela plombe encore plus le moral; soit au contraire, on se dit qu’il ne nous reste que quelques heures et on décide d’en tirer le meilleur. Je ne dis pas que c’est facile, mais tout le monde conviendra que l’option 2 est la meilleure. Sachez tous que la décision du dimanche soir s’applique également à notre vie. Il faut profiter de l’instant, quelles que soient les conditions et le temps qu’il nous reste. Car ce qu’on n’a pas réalisé aujourd’hui ne se réalisera pas demain. C’est un peu pour cette raison qu’on fait ce voyage d’ailleurs. Tandis que T et les enfants vont prendre le soleil sur la place d’armes, je m’octroie le luxe d’aller flâner en solo dans les nombreux magasins de musique de la ville. Je rentre chez un jeune luthier, qui entretien consciencieusement une guitare. Il ne parle évidemment pas un mot d’anglais, mais on arrive à échanger sur les instruments locaux, ainsi que sur la musique Arequipenne, une variante de la musique Andine. Chouette moment.

Je retrouve ma fine équipe sur les marches de la somptueuse cathédrale, qu’on ne peut plus nommer entre nous sans lever les index des deux mains, tel que le faisait notre guide d’hier, à chaque fois qu’il l’évoquait, pour représenter visuellement les deux tours latérales de celle-ci. 

T n’a rien trouvé de mieux que le couvent de Santa Caterina pour passer l’après-midi. Un peu léger après la journée aux salines, mais je ne peux évidemment rien dire, car je n’ai absolument aucune activité alternative à proposer. On entre, un peu dubitatif au début. Mais je dois dire que l’endroit respire la beauté et la quiétude. On refuse les services de la guide, qui nous adresse un simple, laconique et automatique « gauche-dedans-dehors » en français. On la fait répéter plusieurs fois, en se demandant s’il s’agissait d’une ancienne insulte Arequipenne contre la couronne d’Espagne, ou bien un problème de traduction de sa part.

Sans y faire trop cas, on démarre la visite des chambres des nonnes. Spartiates, donnant sur le patio d’un côté, une minuscule terrasse individuelle de l’autre, et un petit four pour les soirées pizza-bière-foot du dimanche soir. Les enfants s’accordent pour préférer le couvent à Alcatraz. Claro … ceci-dit les cellules chambres se suivent et se ressemblent, la beauté du lieu tient plus à ses patios, ses murs bleus ou ocre vif, ses vues sur les montagnes environnantes que l’on aperçoit furtivement au-dessus des tuiles, ou encore son café. Son café dans un patio de plus, mais pas austère pour le coup, petit gazon, chaises de jardin en fer forgé, belles plantes, soleil rasant sur les murs. L’expresso est délicieux et la musique est une playlist de reprises version chill. On lance un blind test des familles. Pas forcément facile. Après l’afahorès, les enfants sont pénibles, je les invite donc à une séance de méditation dans cet endroit paisible qui n’invite à rien faire d’autre. 

On quitte le couvent en se disant que c’était un très bon moment, idéal pour une dernière journée, puis on revient comme toujours à la place d’armes, comme aimanté par son spectacle. Il y a une manifestation d’une dizaine de militants anti-avortement, auxquels personne ne prête la moindre attention, qui défilent en costume dépareillés et mal taillés, en chantant comme des hippies à Greenwich Village en 1969. Un peu plus loin, un groupe de danseurs andins en magnifique costume traditionnel eux, donne le meilleur. Et ça continuera sans doute toute l’après-midi, la nuit, le week-end, avec ou sans nous. Ainsi vont la plaza des armas, le monde et la vie. On est ravi d’avoir eu la chance d’observer une tranche de vie ici, en spectateur éphémère d’une ville et d’une culture qui ne sont pas les nôtres. Et qu’on va devoir quitter ….

La fête de la musique continue à l’alliance française qui propose encore des concerts dans le quartier. L’occasion pour les enfants d’aller lire quelques BD en français dans la bibliothèque au parquet qui craque. Je pourrais faire le tour de la salle pendant des heures rien que pour entendre ce craquement qu’on devait déjà entendre il y a 100 ans. Je m’arrête quand même au bout d’un moment pour emprunter une vieille guitare à la bibliothécaire en poste, qui ne parle pas un mot de français. Et comme les enfants peuvent lire pendant des heures et que j’ai un médiator sur moi, je joue dans mon coin pendant que les techniciens s’affairent à monter la scène pour le concert. Vu les amplis et la batterie, ça va taper. Mais le premier groupe sera très décevant, je préfère ne pas en parler. L’autre concert donné un peu plus bas dans la rue est blindé, c’est un guitariste virtuose, d’inspiration flamenca, qui chante en contre-ténor magnifiquement bien. Mais les estomacs commencent à se tirer. Je tente la pizza à la pâte au quinoa, plutôt légère et avec une bière pour alourdir tout ça. On retourne une dernière fois à la première scène où un impressionnant groupe de punk noise avec deux chanteuses envoie du bois dans la tronche. Merci l’alliance !

On repart chercher les valises et c’est à nouveau un vénézuélien, ancien policier, qui nous conduit dans son mini-taxi – 25 kg de valise sur les genoux à l’arrière, pendant que je discute. Apparemment il préfère conduire son taxi ici. Il éclate de rire à chaque tentative de vanne de ma part.

La gare routière d’Arequipa est un spectacle en soi, avec ses comptoirs de compagnie de bus, tenues par des étudiants qui s’ennuient devant des clips de reggaeton ridicules, et ses annonces à l’intonation si particulière. Dans la file pour déposer les bagages, que des backpackers, dont pas mal de Français.. et une famille de frenchies in Americas. On espère donner aux enfants le goût du voyage avec ça …. Pour quitter Arequipa, on doit s’acquitter d’une taxe. Rarement vu ça, et je n’ai pas non plus compris pourquoi. La région d’Arequipa est une république indépendante, par rapport au reste du pays, soit grâce à ces mines de cuivre. Soit grâce à cette taxe ….

Une réflexion au sujet de « Au revoir Arequipa »

  1. Hello Francois.

    Je continue la lecture du blug. On en reparle. Mentions speciales aux photos. Et j aime le style, le ton, les details, les anecdotes, de l écriture. Beaucoup de remarques culinaires interessantes. Une belle découverte de ces pays et leur culture sans prendre l avion !… J aime beaucoup les grands espaces naturels avec de superbes photos. Bravo !

    Florence de l atelier d ecriture

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire