Las salinas Moche

Sortir les enfants du lit à 5h15 n’est pas chose simple en soi. Alors sortir T….Il fait encore nuit lorsqu’on sort, incrédule et endormi, dans la rue pour attendre le bus, quand on reçoit un message, nous informant d’un retard de 20 minutes. Dur, mais ne préjugeons pas. Le guide porte deux doudounes l’une sur l’autre, genre expédition polaire, et un bandeau sur le visage. Ça donne une idée de la température qui nous attend. Par contre lorsqu’il commence à nous expliquer le parcours et l’altitude du jour de…. 4300 m, je me congèle sur place.

On monte dans les hauteurs d’Arequipa, la météo est splendide et la vue sur les volcans, déjà incroyable, me maintient éveillé.

On s’arrête dans un restaurant simple et d’ambiance montagnarde, pas complètement à l’abri des courants d’air encore glaciaux à cette heure, et où tous les groupes en direction des salines semblent s’arrêter. On se régale d’un excellent sandwich à l’œuf et au fromage, accompagné d’une infusion de coca. Il n’est pas 8h mais on a faim comme s’il était 13h. On goûte aussi un jus d’ananas chaud au quinoa, une saveur nouvelle et tellement réconfortante.

Ça commence à monter gentiment sur une piste poussiéreuse et parfois chaotique, empruntée par de nombreux camions qui sont systématiquement suivis d’un nuage de poussière sérieux. Les paysages arides, sont d’une beauté magnifique. 

On arrive à un plateau, d’où l’on distingue au loin une ligne bleue, c’est la lagune mille sabords! En approchant, on aperçoit des flamands roses, et de nombreux lamas et vigognes en liberté. L’instant est magique, les paysages surréalistes. 

Puis on arrive aux salinas de Moche, qui portent encore plus mal leur nom que Napoléon. Les vues sont à couper le souffle, mais pas qu’au sens figuré. L’essoufflement est généralisé dans le groupe. 

Comme si ce n’était pas assez haut, on monte encore un peu pour découvrir la naissance du volcan de Lojen. C’est là que j’ai commencé à déguster. Je suis pris d’un mal de tête et d’une fatigue assez soudains, et chaque pas me coûte, tandis que les enfants gambadent, dissertent et m’assaillent de questions sans la moindre pitié. Réponses laconiques au mieux. Alors ce volcan? C’est un petit cône d’environ 7m de diamètre et 3m de haut, avec un petit écoulement d’eau orangée en son sommet. Encore rien de trop impressionnant ce matin, mais vous verrez qu’on parlera de lui dans 1000 ans …

On peut également se baigner dans une source thermale située à proximité. Sans surprise, c’est un peu plus roots que Baldi, pas de cocktail ni de musique ici, et il ne faut pas s’attendre non plus à un bain brulant. Mais je tente l’expérience, au point où j’en suis.. ils ont juste eu la bonne idée d’installer les « cabines » à 40m du bassin. Avec une température ressentie en habit de -5, je vous laisse imaginer ce qu’on ressent sans les habits et avec les tempes qui jouent du death métal…. Mais une fois les 2km dans l’arctique parcourus en tenue d’Adam et en maudissant l’exploitant du site, et qu’on met enfin un premier pied timide dans la vase, on réalise la beauté du monde. Faire la planche au milieu d’un paysage lunaire, dans un vent glacial, sous un soleil de plomb qui ne chauffe pas, à 4300m d’altitude mais dans une eau à 27 degrés.. la magie opère! Les enfants font des carrés plutôt que des longueurs, tandis que T nous regarde avec une incompréhension admirative, en d’état de congélation avancée. Par contre la sortie du bassin et les désormais 9km à parcourir pour atteindre la cabane en terre avec une porte en tôle ondulée qui ne ferme pas… c’est moins réjouissant, mais j’en souris encore quand je l’écris. 

La descente sur la route cabossée avec une cabessa tambien cabossée fut interminable. On arrive au restaurant du matin, sonné par les attaques du vent, du froid, du soleil, des secousses et de l’altitude. KO. Mais le dej est très bon, accompagné d’advil et de chicha morada, un délicieux jus de maïs noir. 

On est déposé dans le centre, on tombe sur un  groupe de musiciens et danseurs qui joue une salsa sympa sur une belle place, mais avec les chaussures pleines de boue et la fatigue, on n’esquissera pas un pas, ni même une épaule. On rentre comme des robots chez nous, la tête cassée mais pleine d’images de cette journée magnifique. 

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