Nazca & Huacachina

La nuit a effectivement été très difficile, comme l’impression d’avoir dormi sur la canapé à une soirée chez mon pote C. On se lève difficilement pour aller prendre le bateau. Par miracle, des centaines de touristes, déambulent ce matin dans les rues qui étaient désertes hier soir, en direction des embarcadères. Soit ils ont été déposés en avion, soit ils étaient aussi à la soirée chez C hier soir. J’avoue que la suite n’est pas très claire, on paye un premier montant à un hôtel du centre à une dame pas trop aimable qui ne comprend pas un mot d’anglais (et encore), qui appelle une autre greluche, qui elle parle anglais et nous accompagne à un guichet où on doit à nouveau payer, puis nous emmène à l’embarcadère, où on doit à nouveau payer et attendre pendant que les autres groupes embarquent. Ça sent le plat de nouilles sautées par un habile numéro de couteaux japonais, sauf que les nouilles aujourd’hui, c’est nous ! Fryerim … On embarque les premiers sur un bateau d’une quarantaine de places, vu ce qu’on a payé, on se dit qu’on va être seul à bord et je repense à la journée sur le rio Dulce. Mais toutes les places seront finalement occupées. On ne peut décidément pas être tranquille … Le bateau démarre, on passe à côté des bateaux de pêcheurs qui prient, des épaves, peuplées de colonies de pélicans. Le temps commence à se lever et le paysage des bateaux, la mer, les dunes du désert au loin, et les nuages psychédéliques constituent des tableaux magnifiques. Des milliers d’oiseaux de mer nous suivent en ligne, tels un escadron au-dessus de centrifugeuses. Pardon.

On s’approche de falaises, surmontée de dunes orangées et on découvre une ligne de Nazca, ces gigantesques dessins réalisés dans le désert et qu’on ne peut comprendre que depuis le ciel. Comme pour toute énigme non résolue, chacun y va de sa théorie. Cette fascination pour les énigmes … me fascine. Cette soif de comprendre, de découvrir ce que d’autres n’ont pas su expliquer, cet instinct de vérité, qui nous permet d’avancer collectivement est un caractère humain que je trouve magnifique. 

On arrive déjà presque à la presqu’île où l’on voit des pingouins, des phoques, et des milliers d’oiseaux se baladant sur les tonnes de fiente qu’ils déposent. Elles constituent un dégradé si délicat de loin, mais un peu moins raffiné quand on se rapproche. Un peu comme les lignes de Nazca. Est-ce qu’il viendrait à l’esprit des pingouins d’ici de prendre un bateau jusqu’aux toilettes publiques du port de Cherbourg? Je ne pense pas. En plus des crottes (ramassées une fois par an pour produire de l’engrais), des grottes, des arches et de belles sculptures se sont formées des siècles durant, avec la patience de la mer, qui revient inlassablement à l’attaque. 

On rentre sur la terre ferme après ce bon bol d’air frais qui nous a ouvert l’appétit. On tombe sur un petit café avec terrasse à l’étage, qui semble correspondre à ce qu’on cherche, rien que parce que la serveuse ne nous attendait pas devant la porte avec le menu. On se régale de tartines à l’avocat, mais la palme revient à leurs frites dorées, préparées à partir de pommes de terre jaunes – une variété locale d’aspect hideux. Mais tellement bonnes .. De loin les meilleurs frites que j’ai mangé. Le monde renferme tant de diversité que son uniformisation forcée est une absurdité bien humaine de plus. On n’a pas goûté le café, mais on a pu admirer les dessins, réalisés avec des grains. Saisissant. Un chouette moment!

On prend le bus en direction de l’oasis de Huacachina, à côté d’Ica, ville, située en plein milieu d’un désert de sable. On décline, poliment au début, les propositions de ski ou de buggy sur les dunes – le site nous semble suffisamment beau par lui-même pour apprécier ces 3 heures. Mais c’est quand même burlesque de croiser des touristes avec les chaussures et les skis sur l’épaule par 35 degrés, en plein milieu du désert. Un sketch pour Raymond Devos. La lagune en elle-même n’est pas si grande et l’eau un peu verdâtre ne donne pas forcément envie de sortir le maillot. Par contre, l’ascension de la dune nous permet de découvrir des paysages huaaaaaaa flamboyants, une fois la cime des palmiers dattiers passée. Rien que d’avoir pu voir le soleil cette après-midi constitue une belle parenthèse orientale dans la grisaille de Lima!

On a le temps pour une bière en terrasse, face à l’oasis, qu’on accompagne de Tequeños, des petits friands, rectangulaires, fourrés au fromage, que l’on trempe dans du guacamole. Pas léger, mais tellement bon, qu’on pourrait en manger toute la nuit en regardant le soleil se coucher sur les dunes. Apéro et instant délicieux. Malheureusement le soleil ne se couche pas pendant des heures, et le bus du retour est prévu à l’heure, donc fini la poésie. 

On saute dans un taxi préhistorique, conduit par un chauffeur sympathique avec qui on rigole bien. Il est peintre et père de cinq enfants, et revêt son chapeau de chauffeur lorsqu’il n’a pas de chantier pour ces pinceaux. Il est au courant de l’actualité, c’est un type bien. Sa passion reste la peinture en sifflotant, c’est moins stressant que la conduite par ici. Je le comprends, le Bourvil. Mes pinceaaaaauuux…

On reprend le bus jusqu’à Lima, qu’on retrouve dans son brouillard permanent, la nuit, et son humidité habituelle.

Journée bien remplie !

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