C’est l’ami Angel qui nous dépose devant le Castillo San Felipe. Splendide fortin espagnol, stratégiquement posé à l’entrée d’un détroit, afin de protéger les terres de toutes arrivées hostiles, venues depuis la mer des Caraïbes.


Celui que l’on croit être le préposé à la caisse, sort de sa torpeur matinale en nous voyant arriver, bondit, met la main sur un badge bleu qui trainait sur son bureau, il l’enfile fièrement autour du cou en un clin d’œil, devenant de facto notre guide personnel enjoué pendant 1h30, sans qu’on ne lui ai rien demandé. Le piège s’est refermé. Il nous narre avec une telle passion l’histoire du fort, son fort, depuis l’arrivée des premiers Espagnols dans la région, la construction initiale de deux petites tours de contrôle, puis l’extension progressive jusqu’au fort définitif, qu’on n’ose pas l’interrompre. Les attaques de pirates, des corsaires anglais, français, les épaves découvertes dans la vase… notre guide sympathique est un véritable moulin à paroles, de préférence espagnoles. Malgré la chaleur étouffante et son enthousiasme ponctué d’anecdotes amusantes, c’est T qui se charge de traduire pour nous, en français, en hébreu, et en transpirant. Belle performance! Le sieur parle un anglais parfait, mais il nous dit qu’il préfère s’exprimer en espagnol. On passe par la chapelle, le réfectoire, le dortoir, la prison, la taille des boulets, la fabrication des canons en Ecosse… il ne nous épargnera aucun détail. Cette visite passionnante, qui permet de remettre la petite histoire dans la perspective de la grande, nous rappelle les efforts qu’a dû déployer la couronne d’Espagne pour maintenir sa mainmise sur ces terres si éloignées de Madrid. Six mois de navigation pour ramener huile d’olive, vin et blé, qui étaient ensuite acheminés jusqu’à Antigua. Les soldats en poste étaient évidemment rationnés… je me posais la question s’il reste des témoignages de ces soldats? J’imagine qu’ils étaient illettrés pour la plupart, et qu’ils n’ont pas transmis leur récit aux générations suivantes. D’autant que ça devait être d’un ennui pendant 345 jours par an.. « Chroniques d’un soldat espagnol dans un fortin des Caraïbes ».







On tente d’aller se rafraîchir dans le Rio Dulce, mais l’eau est tiède comme dans un bain. Pour le plus grand bonheur des pêcheurs et des hérons, l’eau est très poissonneuse. On remarque qu’il y a plus de hamacs que de promeneurs par ici aujourd’hui, on peut donc tous les essayer en profitant des différents points de vue sur la large rivière.


Après avoir déployer de tels efforts, on rentre déjeuner au petit restaurant de la marina. Il n’avait que 2 revues et je préfère ne pas en rajouter. La proximité de la mer me donne l’audace de tenter le ceviche. Très mauvaise idée, le poisson était encore tiède de son passage au micro-ondes. On tentera quand on sera face au port…
Madame a une soudaine nostalgie des fruits frais de Tikal. On décide d’aller à pied jusqu’en ville pendant que les enfants restent à lire. On doit traverser une plantation de cacao, c’est plutôt cool pour une balade romantique. Ce n’est pas la saison (du cacao), donc on ne voit que quelques fruits encore aux arbres, qu’on ne peut s’empêcher de cueillir, et de sentir naïvement. Non ça ne sent pas le Nutella.
La fin de la ballade dans le centre ville est largement moins agréable, dans le vacarme des motos, des tuktuk et des camions de marchandises qui traversent le Rio Dulce. Mais on a pu trouver des fruits, mission réussie et retour tout sourire en tuktuk.