J’ai dû dormir deux heures à cause d’un goutte-à-goutte incessant sur le toit. J’ai eu le temps d’écouter toutes les chansons que j’avais sur mon téléphone, y compris le bas de la pile, celles qu’on n’écoute jamais, juste pour ne pas avoir à entendre ce bruit qui rend fou. Lorsque le jour se lève à 5h, il fait un temps magnifique, j’ai juste l’impression qu’il est déjà 13 heures.
Je marche comme un zombie vers l’embarcadère pour prendre le bateau vers San Marcos. Sur le bateau arrive un digne descendant du peuple Maya, qui n’a pas bu que du café ce matin. Il est 10 heures et il titube déjà, en montant sur le bateau. Aucune agressivité de sa part, les autres passagers regardent leur frère avec une gêne bienveillante. Il parle un mélange d’espagnol et d’une langue assez gutturale, qui ressemble à de l’arabe. C’est en fait du Cakchiquel. Il parle d’une soirée en disco d’où il revient, probablement, il explique à qui veut l’entendre ce qu’est la techno, ponctuant son récit aussi enthousiaste que décousu de gestes amples et de postillons.


San Marcos est un des petits villages qui bordent le lac, aujourd’hui un repère de hippies qui font des massages, des tattouages, des bijoux et du yoga, pour les occidentaux qui travaillent trop. Retour à SF en 1968. Il fait très chaud dans les petites ruelles en pente du bas de du village, qui peuvent rappeler Tsfat, ou le marché aux puces de Saint-Ouen, sans touriste ni antiquaire ici. Les murs sont couverts de beaux et grands dessins très colorés, mêlant les symbole mayas, le yoga, et les revendications politiques. Sympa mais pas forcément des plus authentiques.



Il faut monter sur les hauteurs du village pour croiser plus de costumes colorés traditionnels. Mais également de jeunes alcooliques qui passent de bancs en bancs pour s’allonger. Je suis à peu près au même niveau d’énergie qu’eux, juste avec quelques gouttes.
Le soleil se lève le temps du déjeuner, laissant apparaître pour la première fois tous les volcans. À moins que ce ne soit moi qui me lève enfin …

Il y a ici aussi un parc naturel qui domine le lac, et d’où on peut plonger de 12 m. Yalla, on y va ! Le temps qu’on y arrive, les nuages sont de retour, le vent s’est levé, je suis fatigué, et n’ai strictement aucune envie de mettre un orteil dans l’eau. Les enfants n’ont pas ce genre de considération, maillot pas maillot, ils y vont. On les regarde, très mal assis sur des rochers inconfortables. Cela ne m’empêche pas de m’endormir.
Je me réveille et la vue du lac paraît magnifique, mystique, presque fantastique. Bref, il s’est passé un truc.

On reprend la navette pour rentrer à notre village, le lac est désormais démonté, c’est un vrai tape-cul ce bateau qui file, vagues ou pas vagues, je suis à deux doigts d’aller voir le capitaine. Une vieille anglaise qui n’avait pas la classe d’Elisabeth, assise sur la proue du bateau, le pire endroit pour être secoué, essaye de téléphoner malgré le bruit du moteur et le vent. Je ne suis pas sûre que la personne en face ait pu comprendre plus de 16 % de ce qu’elle disait. Ses lunettes bon marché n’ont cessé de glisser, qu’elle les place sur son front ou sur le nez. Elle avale une gorgée de bière de temps en temps, mais vues les secousse, ça doit être plutôt de la mousse. Je glousse. Une grosse vague a vu le fond de la canette m’arriver dans la tronche. Décidément pas la meilleure journée !