Le temps n’est pas superbe, mais on n’est pas venu ici pour admirer le jardin, si beau soit-il. On décide d’aller à la reserva natural, et pour faire comme tout le monde, on attrape un tuktuk. Ce petit machin rouge qui fait la taille d’un colis Amazon, et le bruit d’un marteau-piqueur Marseillais va plus vite qu’un scooter débridé. Ceinture ? Y’a pas ! On est serré à 4 sur les 3 sièges arrières, on est à 2 doigts de descendre pour pousser pendant les montées trop raides, ou de se faire éjecter dans les virages trop serrés, impossible de s’entendre, mais on rigole comme des baleines, et c’est plus authentique que chez Disney, bref, un truc à faire !

Nous sommes déposés devant l’entrée du parc. Le plan affiché peut laisser croire qu’il y a pléthore de randonnées à faire donc on attaque. On n’a toujours pas de chapeau ni de lasso, mais on ne peut pas s’empêcher de chanter Indiana Jones a tue tête lorsqu’on traverse les nombreux ponts suspendus. On ne peut pas courir, ca tangue, donc on regarde alternativement le paysage et sous ses pieds. C’est bien parfois de marcher lentement. La forêt tropicale, les cascades inattendues, la chaleur humide, les paillons bleus, tout le monde est d’accord pour dire que la rando est exceptionnelle!





On peut même accéder à une plage du lac, que l’on imagine blindée pendant la haute saison. Les seuls baigneurs aujourd’hui sont de tristes poissons morts, flottant sur le dos avec la gueule ouverte. Triste spectacle qui coupe un peu les nageoires à A. Explication à venir ….

On va déjeuner sur l’immense terrasse ombragée du restaurant du parc. On est les seuls, mais la végétation autour est tellement belle qu’on n’a besoin de rien de plus.. Vu l’extrême lenteur du service, on se dit qu’à la haute saison, il faut commander l’apéro avant la rando. Pour joindre l’école à l’attente, on va jeter un œil à quelques panneaux explicatifs sur l’évolution humaine et en particulier sur l’impact de l’homme sur le lac. Une fois de plus, c’est le même refrain, un engouement soudain de quelques touristes précurseurs qui se sont passés le mot, a créé une ruée vers ce paradis perdu, cet eldorado, qui était avant tout le lieu de vie des Mayas, le transformant en station balnéaire, d’abord authentique, puis industrielle; et créant en même temps un désastre pour les écosystèmes naguère nourriciers. Et transformant les chasseurs pêcheurs cueilleurs en vendeurs de magnets, femmes de ménage et conducteurs de tuktuk. Où est le progrès pour eux ? Qui peut affirmer qu’ils vivent mieux ? Ont-ils été consultés ? Par exemple, l’introduction de la carpe dans le lac pour satisfaire des amateurs de pêche ont fait disparaître de nombreuses espèces dont vivaient les Mayas. Sans être responsable, je me sens un peu honteux de contribuer à cette descente ….ou l’impression d’être Rousseau face à Voltaire.
Pour digérer ces pensées amères, on tente d’aller voir les singes-araignées, afin de leur donner des chips et des barres de céréales dans leur emballage, faire un selfie vite-fait avec eux avant de se barrer. On observe avec fascination ces vieux cousins tellement sympathiques, on pourrait les regarder et « se connecter » avec eux pendant des heures! J en voudrait un à la maison .. ce qui s’applique au petit singe en semi-liberté peut être généralisé aux lieux ou aux personnes. Attention ça va être hautement philosophique à nouveau …. Ça part d’un intérêt, un coup de coeur, un coup de foudre ou d’une amitié. Qui peut se transformer en volonté de possession. Si c’est à vendre, c’est le cas le plus simple de l’offre et la demande. Si ce n’est pas à vendre, c’est là que certains vont perdre les pédales, et créant frictions et frustrations…. On a vu des maisons dans le plein centre d’Antigua portant un panneau « no se vende ». Et il commence à se développer un sentiment anti-touriste dans certains villages autour du lac. Aurait-on pas dû prendre le pont suspendu pour apprécier un peu plus et courir un peu moins?
C’est mon empathie. J’ai du mal à ignorer l’envers du décor. Que ce soit à la caisse du supermarché, dans un souk, dans un restaurant avec ou sans nappe blanche, à une station service… et ce n’est pas la chose du monde la mieux partagée. J’ajoute pour finir que je ne roule pas aujourd’hui, et ne roulerai jamais pour le général Tapioca.

Et après Rousseau, Eddy: « Ce n’est vraiment pas Noel pour la fille du Motel »