Faites du xocolhaa et fête de la musique

Je n’ai pas bien dormi. La bonne nouvelle c’est que je peux attaquer à 6:30. L’écriture prend énormément de temps je dois dire, un peu l’impression d’être dans une partie de Tetris, à courir derrière le temps qui court. Je n’ai pu lire que 3 chapitres de mon bouquin depuis le départ, quant à l’école à la maison, disons qu’elle s’approche des buissons. Certes, c’est un vrai plaisir d’écrire, et c’est aussi un investissement, l’intention étant de pouvoir revivre ces moments plus tard, quand on n’aura ni mémoire ni foi, et de les partager. Et puis c’est toujours mieux que de regarder bêtement des reels. 

On reprend la négo pour notre prochain logement, ça commence à avancer, je crois qu’on va les avoir à l’usure. C’est l’avantage de voyager hors saison touristique (plutôt que mes talents de négociateur). 

Oups 11h! Même pour le « musée » du chocolat, on arrive à être en retard. Une dizaine d’américains sont déjà attablées avec leur tablier, prêts à boire un grand bol de nutella. Il y a aussi un couple de jeunes mariés qui semble ne pas se priver de chocolat lors des repas. C’est Diana, jeune pâtissière, chocolatière, dynamique qui anime l’atelier. Elle commence par nous servir un petit gobelet de délicieux chocolat chaud. Ça commence bien ! Elle précise en direction du couple rondouillet de ne pas terminer le verre trop vite car nous allons utiliser son contenu. Elle entame les explications sur les étapes de fabrication du précieux dessert, depuis la plante, sa fève, la fermentation, le grillage, le mélange etc. difficile de tout retenir, mais je compte sur T et les enfants pour retenir les 97 % que j’aurais raté. Saviez-vous que le moustique joue un rôle crucial dans le process? Celui-ci peut atteindre le pistil de la fleur, et ainsi permettre la germination de la plante et par la même la dégustation du chocolat par le jeune couple américain. Comme on dira désormais, « pas de moustiques, pas de chocolat ! »Nous avons enfin la réponse à cette question brûlante, posée tant de fois par les enfants : à quoi servent les moustiques sinon nous empêcher de dormir pendant l’été ? Réponse : faire du chocolat ! 

Chacun commence à préparer sa propre tablette, en l’agrémentant  selon ses goûts, de noisettes, d’amandes, sel, piment, etc. ma tablette s’avéra délicieuse. Et je ne dis pas ça, parce que c’est moi qui l’ai fait ! Amusant comme à partir d’une même base et quelques ingrédients, et plus ou moins de talent, les tablettes des apprentis pâtissiers peuvent être tellement différentes ! D’aspect déjà, il y en a certaines qu’on ne préfère pas goûter. On prépare également du thé à partir de l’écorce des fèves. Pas extra. Et on apprend que pour les mayas, la plante s’appelait « xocol-haa » – comme en français nous dit Diana en nous regardant. On éclate de rire. 

Comme on a grignoté comme des goinfres pendant les 2 heures, j’arrive à caser une nouvelle visite avant le déjeuner après négociation avec la DGPC. On tente la ruine de la  cathédrale Saint-Joseph d’Antigua, construite au XVIe siècle et détruite lors du tremblement de terre de 1773 (vérifiez sur Google comme moi). Et bien, ce fût beaucoup plus intéressant que le couvent survolé la veille. Et encore moins cher. De nombreuses sculptures sont encore visibles et l’on peut admirer leurs détails. Les coupoles se sont effondrées, quasiment partout laissant de larges ouvertures vers le ciel, et donnant à l’ensemble un côté Dali, un caractère encore plus religieux, permettant de communier avec D.ieu. 

Au moment du déjeuner, une lassitude soudaine s’empare de la DGPC, je me vois contraint de prendre le lead pour trouver le restaurant. OK, tu le prends comme ça ? Je dégote un petit restaurant à environ 15 minutes de marche du centre. Pas un gringo sur le chemin, juste des chicken bus et des tuktuk, les mâchoires sont serrées à la DGPC. On arrive enfin. Pas de burgers ni de pizza ou de Ceviche au menu par ici. Les tables ne sont pas sous un patio espagnol, mais dans un jardin fleuri, sol en terre, à l’ombre généreuse des grandes feuilles de bananier, la cuisine donne sur l’extérieur et les tables sont occupées par des familles du coin. Pour moi c’est un gage de qualité. J’observe que le voisin de la table à côté a fait 3 signes de croix avant de démarrer son repas. Je préfère ne rien dire, qui vivra verra .. Welcome to Guatemala ! 

Je choisis une viande longuement mijotée, fondante et absolument délicieuse, accompagnée de riz, de petits légumes et de palets de maïs cuits dans les feuilles de bananier. C’est un régal. Heureusement pour moi, les enfants se régalent tout autant, tandis que la DGHS (direction générale de l’hygiène et de la santé) ne donne toujours pas d’avis favorable, très dubitative par principe, même si toutes les assiettes terminent vides à la fin du repas.

On ne traîne quand même pas dans le quartier, et alors que l’on revient vers des églises repeintes et plus présentables, on distingue de la musique, ce qui est relativement rare ici. Le Guatemala, contrairement à la Colombie ou à Cuba ne semble pas être une nation de musique. Piqués par la curiosité, on s’approche. Il s’agit d’une chanteuse qui fait des reprises de rock, plutôt pas mal, dans le cadre de la fête de la musique organisée par l’alliance française. Quelle idée brillante! Merci Jack! On engage la conversation avec les organisateurs pour en savoir un peu plus. C’est fou comme la langue facilite la communication ! Deux jeunes nous expliquent les cours de français qu’ils donnent ici et j’imagine sans mal à quel point cela doit être sympa d’enseigner ici. On sert quelques paluches avec des huiles locales, le directeur, Yannick, et un type en chemise, peut-être l’ambassadeur ou qui sais-je, puis on poursuit notre chemin vers les autres spots. Devant une magnifique façade d’église en ruine, joue un groupe de rock qui envoie pas mal. Surtout le chanteur qui est monté sur ressort pour chauffer le public. Tout le monde chante avec lui … sauf nous. J’essaye de faire illusion en chantant au moins les voyelles longues, avec un écart que j’essaye de garder raisonnable. C’est fou comme les langues peuvent créer de murs ! 

Un peu plus loin, une jeune violoniste de 10 ans joue remarquablement bien sur une scène montée sous l’iconique arche de Santa Catalina, devant un public nombreux et acquis. C’est comme jouer au pied de la Tour Eiffel du Guatemala. Et elle danse en même temps. Yannick me dira un peu plus tard qu’elle a appris le violon seule!! Respect absolu !!

https://www.instagram.com/reel/DGDvE-osXyV/

On repart vers la place d’armes ou un groupe de percussions met une ambiance de folie, on est quelque part entre le Maroc et les Caraïbes ici, les filles se déhanchent ou tapent des mains. Je joue un peu aussi, il y a une pure énergie qui se propage sur toute la place des smiles! Alors qu’on range les instruments, les gamins de la place viennent taper à leur tour sur les peaux, c’est plus facile que le violon. Ambiance réellement magique. Il s’avère que la moitié du groupe de percussions est français. Une fois le concert terminé, je  reste à discuter avec tout cette joyeuse bande, on me file plein de tuyaux pour la suite du Guatemala. 

Alors que T et les enfants rentrent dîner, je vais prendre un verre avec la troupe dans un bar à la deco Berlinoise et au DJ gothique avancé. C’est toujours intéressant de rencontrer des expats qui font leur vie si loin et depuis tant d’années, qui commencent à perdre leur français, avec des trajectoires si éloignées de la nôtre. Yannick est directeur de l’alliance française depuis 5 ans maintenant, et ne semble pas décidé à rentrer de si tôt. Rohan est architecte écologique entre LA et Antigua, et donne également des cours.  Jetez un œil à son travail c’est très inspirant :

https://regenerative-systems.odoo.com/

Il partage sa théorie sur la pollution au Guatemala qui tient à plusieurs facteurs. Il y a encore peu, les gens vivaient des ressources locales, en circuit quasi fermé, leurs seuls déchets étaient organiques, ils n’utilisaient  pas de plastique ni de carton. Ces démons sont arrivés assez soudainement, et jeter un papier pour eux aujourd’hui est comme jeter une peau de banane hier. De plus, comme les touristes peuvent s’en rendre compte, il n’y a quasiment pas de poubelles hormis dans les endroits les plus touristiques. Le ramassage des ordures qui nous semble comme un « acquis d’hygiène » en Occident (financé par nos impôts), ne l’est pas ici. Chacun doit donc brûler ses propres ordures ou les amener. Il doit arriver que certains sacs tombent du camion…

Je rejoins la famille à la maison, pour ce dernier soir, c’est popcorn devant la télé. C’est le pompon …

Antigua a tenu toutes ses promesses, que vida kiffa!

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