Volcan dans la brume

Ce matin, je commence à me sentir comme un habitant du quartier, et c’est plein d’assurance que je ramène le café de mon épicerie préférée. Toujours aussi lente sur les additions par contre. 

On voulait aller au musée du chocolat que, naïvement, l’on pensait gratuit, comme indiqué dans les guides. Du musée ils n’ont gardé que la grande boutique et le café. Car la partie exposition ressemble plus au mur d’une classe de 3e, avec les panneaux du dernier exposé. Par contre, la cuisine pour organiser des ateliers est plus que centrale. Ça a l’air sympa et en bon touriste, on s’inscrit pour le lendemain. À défaut de visiter un vrai musée, on se dit qu’on va aller voir une ruine, nombreuses dans la ville. Le couvent Santa Maria, est accolé à l’église du même nom. L’intérieur de l’église baroque est assez sobre, les murs blancs, pas de vitraux. Et le couvent … est encore moins intéressant puisque lui ne nous protège même pas du soleil. L’entrée est à 30 Q, soit 3,60 €. Désolé mais ça ne les vaut même pas. 

La ville compte de nombreuses ruines car elle a été détruite à plusieurs reprises par des séismes ou des inondations. Elle se trouve en effet entourée de volcans. C’est la raison pour laquelle cette ancienne capitale des Indes espagnoles a été abandonnée des Espagnols au 18 siècle pour Guatemala city. Ce sont alors installés les autochtones, ce qui peut expliquer pourquoi il semble y avoir si peu de métissage, contrairement au Brésil, ou Cuba.

On rentre déjeuner à la maison et je tente de cuisiner la chayote. La peau est super dure, rien que de l’éplucher je perds 1 litre. Conseil : éviter le couteau à beurre. Le goût est léger, ça ressemble un peu à la courgette, en plus ferme, et sans les graines. Je pense que ça contient également moins d’eau. On se persuade que ça a plein de bienfaits aussi. Même J, habituellement pas trop curieux des nouveaux aliments, a adoré. 

14 heures – le van vient nous chercher pour l’ascension du volcan Pacaya. Vieux machin des années 70 (je ne parle pas de moi), conduit par un chauffeur de la même époque, grassouillet jovial au Spanglish plutôt approximatif, qui fout de la salsa plus fort qu’à une soirée chez C pour couvrir le bruit du vieux moteur. Impossible de parler sans hurler. Je commence à comprendre pourquoi les américains boudent cette agence. Je profite pour écrire.

Les bords de route sont à nouveau très sales, il est tellement triste de voir à quel point le plastique a ruiné leur si belle nature… Le bas-côté est rempli de bouteilles et sacs plastique dans le caniveau, quand il y en a un, donnant parfois l’impression de rouler sur une décharge. Pour avoir participer à un ramassage, il y en a pour plusieurs centaines de kg de plastique, rien que sur cette route. J’imagine qu’à chaque saison des pluies, ce magma se rapproche un peu plus de l’océan. Bon appétit les poissons!

A notre passage dans un village, un policier posté tous les 100 mètres salue le bus, et prévient de notre passage au talkie-walkie. Je ne sais pas si on doit être si rassuré de cette procédure, qui nous donne l’impression d’être à l’intérieur du convoi pénitentiaire du prisonnier le plus recherché de France. Comme l’image ne parle pas nécessairement à mon public distingué et de qualité, une comparaison plus appropriée serait celle de Don Salluste qui vient de prélever les impôts dans un village déjà exsangue d’Andalousie. Désolé mais c’est encore une référence à de Funès…

Le carosse de Don Salluste

Ce village en zone rurale, c’est un peu Guatemala pety, avec ses réparateurs auto, ses maisons inachevées ou faites de briques et de tôles, et ses ruelles parfois en terre. On voit des chariots, remplies de cartons, tirés par des porteurs, et des femmes faire leur lessive au lavoir du village. Faire ce trajet, c’est comme ouvrir un livre d’histoire ou faire un bon en arrière. Ce voyage est éclairant, et comme me le rappelait justement T, si on avait voulu un voyage confort et sans surprise, il aurait fallu planifier quatre mois sur le lac Léman. Une fois sortis du village, j’aperçois des aigles, tournant autour du bus. Ils ont sans doute été prévenus de notre arrivée par les policiers corrompus du village. 

On arrive à l’autoroute. Disons une sorte de. Quelques perles – les camions stationnent sur la voie d’urgence, les familles traversent en marchant, et le chauffeur se permet un demi-tour rapide, profitant des sept secondes entre deux poids-lourds.

À mesure que l’on prend de l’altitude, un brouillard épais envahit le paysage, tandis que la poussière noire venue du volcan tapisse la chaussée. On arrive enfin au point de départ de la rando. Une dizaine d’enfants du village nous accueille avec enthousiasme, sourires et gentillesse, mais surtout pour nous vendre des bâtons de rando ou des souvenirs. Nous rencontrons notre guide qui semble un peu plus athlétique que le conducteur du bus, mais encore moins bon en anglais et plutôt avare de commentaires. À peine le groupe formé, il se met à courir comme si on préparait un triathlon. Les pauses de quatre minutes pour lui sont inexistantes pour nous, A cavale en tête, et le pauvre J n’a pas démérité, mais j’ai vite vu qu’à ce rythme là, il n’arriverait pas au sommet. Je prends mon espagnol des montagnes, mes bâtons de rando et mon courage à deux mains pour lui dire que soit il ralentit soit je le termine façon barbecue parfum lave de volcan en arrivant au cratère. Bon c’était le message en substance, je ne me souviens pas de mes paroles exactes non plus. La montée est raide malgré tout et le brouillard insistant. On s’arrête à quelques centaines de mètres du cratère, mais on ne voit toujours rien. Cela n’empêche pas les touristes, américaines intellectuelles et OMG distinguées, montées à dos de cheval, de faire des selfies OMG bruyantes comme si elles venaient de rencontrer Brad Pitt OMG. Alors qu’on s’amuse de leur cirque, une soudaine éclaircie, découvre le cratère majestueux, monté sur son cône de lave (je sais on dirait la carte des desserts, mais ne vous inquiétez pas, ça vient). L’instant est magique et propice… Aux selfies. Pendant ce temps, une fumée élégante nous fait la danse du ventre au-dessus du cratère. L’instant est émouvant. D’autant que le spectacle ne dure que quelques minutes, le rideau blanc, se referme devant un public qui ne devait pas le mériter, nous laissant orphelins de ce grand monstre noir.

On entame la descente sur la pente de lave noire datant de la dernière éruption. Les sculptures sont saisissantes, conférant au paysage un décor de science-fiction.

Quelques nuages de fumée s’échappent timidement de petites cheminées, situées le long de notre chemin. L’occasion pour le guide de sortir un paquet de marshmallows, ce bout de plastique sucré et immonde qui recompense les campeurs qui ne savent pas jouer de guitare. Et avec cette sagesse ancestrale Maya, le voilà qu’il se met à faire tourner ses brochettes à l’intérieur des cheminées et les distribuer au groupe pour le plus grand bonheur des américaines. Et de J. Succès total, pourboire assuré pour lui. De mon côté, j’essaye de trouver des pierres qui pourront me servir pour fabriquer un pilon et un mortier pour la cuisine.  En pratique, ça va rester quelques mois à la cave avant de terminer à la poubelle.

La descente s’achèvera, à la nuit tombée et sous quelques gouttes de pluie. Pluie de compliments pour les enfants qui ont marché comme des chefs, traditionnelle courbette de J. On remonte dans le bus, laissant le village dans le noir complet, seulement éclairé par la lumière de quelques tienda encore ouvertes, qui proposent chips, glaces … et marshmallows.

Au passage dans le village, je constate que les policiers sont rentrés chez eux. Je redoute l’attaque d’une bande de bandidos qui sortiraient de la dense forêt, armés de machettes et de bouteilles en plastique pour détrousser notre caravane. Mais on arrive à la maison sans encombre. 

Tout le monde est fatigué, pas d’école ce soir. On tente de négocier le prix de certains logements qui nous semblent bien pour la suite mais c’est sans succès pour l’instant. Car on entre désormais en vrai mode de croisière : organisation des trajets, logements à trouver pour découvrir et apprivoiser les nouvelles villes où l’on s’arrêtera, gérer les lessives …l’aventure sans filet, la vraie!

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